Korotchenzov

A Spartak, une invalide sous les bombardements des nazis ukrainiens

Spartak, dans les ruines de ce village non loin de l'aéroport de Donetsk, nous sommes avec les garçons de l'association B Mecte et le reporter de guerre Erwan Castel de l'antenne de DONi, Donbass.defence, une centaine d'habitants vivent encore dans ces lieux dans des conditions effroyables, une grand-mère invalide et qui ne peut pas marcher sans un déambulateur est obligée de rester stoïque sous les bombardements sans possibilité de descendre dans une cave, elle vit avec sa fille et de nombreux chats et chiens dans un décor cauchemardesque, elle demandera modestement :

-"pourriez-vous m'acheter une bassine pour mes petits besoins", car les toilettes se trouvent dehors sous le feu sporadique des tueurs ukrainiens.

14 Feb 2016

En compagnie de l’association B Mecte (ensemble) nous nous sommes rendus une nouvelle fois dans cette localité en permanence sous le feu des nazis ukrainiens. Andreï et Micha sont tous les jours sur le front de l’humanitaire, ils distribuent de l’aide six jours par semaine et se rendent à Spartak environ deux fois par mois. Les deux amis écument le front du Donbass du Nord au Sud de la République de Donetsk inlassablement. Ils se sont trouvés en grand danger à de nombreuses reprises et c’est toujours avec le sourire que nous les trouvons en action, avec une énergie et un sérieux rare.

 

Nous commençons par le marché central de Donetsk, 100 kg de pommes de terre, 80 de choux, 50 de carottes, 35 d’oignons, des bidons de javel, de liquide vaisselle, de l’essence pour un générateur, des bougies pour ces gens qui vivent en permanence dans les caves, des allumettes… tout cela est extrêmement précieux pour la centaine de civils, essentiellement des personnages âgées mais aussi trois enfants, dont Victoria dont nous avons déjà parlé. Elle sourit lorsque nous apportons un cadeau incroyable pour ses yeux d’enfants, une poupée offerte par le réseau Vostok France.

 

Elle répond timidement à nos questions alors que de nombreux civils se sont assemblés pour recevoir leur part de nourriture. Nicolaï un conducteur de grues à la retraite nous fait visiter sa cave. Il y règne une belle chaleur produite par un poêle artisanal qu’il a lui-même construit au milieu de la pièce, un conduit permet d’évacuer les fumées par un soupirail. « C’est calme depuis deux jours, mais dimanche ils nous tiré dessus une partie de la nuit. Personne ne peut savoir si dans une demi-heure ils ne recommenceront pas, je vis ici depuis un an et demi, ils peuvent venir, je ne partirai pas et nous nous défendrons jusqu’au dernier », indique l’homme âgé d’une soixantaine d’années.

 

Plus loin nous découvrons un couple de retraités, l’homme a 64 ans, il travaillait dans une usine de pains non loin de là : « j’ai travaillé 43 ans pour construire cette maison, nous avons tout le confort ici, du moins jusqu’à la guerre. Des snipers ukrainiens nous tirent dessus, regardez cette balle dans le mur. Les obus sont tombés tout autour de notre maison, jusqu’à présent les éclats d’obus et les projectiles qui ont touchés notre maison n’ont blessé personne mais regardez dans les pièces, partout il y a des traces d’impacts. Nous ne vivons plus dans la maison mais dans la cuisine d’été derrière, c’est plus sûr ».

 

Sa maison se trouve en effet dans l’un des pires endroits du Donbass, pour l’instant épargnée par un miracle. Miracle que nous retrouvons dans une autre maison de cette rue. Ici vit une femme âgée invalide qui ne peut se déplacer qu’avec un déambulateur. Pour elle aucun moyen de refuge, elle ne peut compter que sur une seule chose : « je prie et j’ai mes icônes ».

 

Elle pleure, son intérieur est très modeste, un mauvais poêle de fortune occupe la pièce centrale, une bonne quinzaine de chats se réchauffent autour d’elle : «nous ne sommes pas seulement envahis par les fascistes ukrainiens mais aussi par les rats ! ». Elle raconte sa vie simple, vit avec sa fille qui est une des figures du village. Au milieu des destructions, sous le feu des nazis, cette famille survit avec l’espoir vain de la paix. Ses voisines ont le sourire c’est avec des plaisanteries qu’elles nous racontent leur guerre : « c’est déjà une habitude, nous n’entendons plus les tirs et puis dans la situation actuelle que pourrions-nous connaître de pire, alors nous aurons le meilleur.

Les Ukrainiens ? Nos gars sauront bien leur montrer qu’ils ne feront pas la loi ici. Si je pouvais partir ? Mais je n’ai pas l’intention de partir, ma sœur habite en face, à quelques kilomètres dans la zone occupée par les Ukrainiens, les gens ont fui la terreur des massacreurs de Kiev, elle me dit qu’ils ont peur, que la soldatesque en face les humilient et les terrorisent par des menaces, ils prennent tout ce qu’ils veulent, mais c’est égal, ils attendent nos gars, la libération ».

 

Nous repartons impressionnés une fois de plus par leur courage, c’était aussi le jour de distribution de l’aide apportée par Andreï et Micha, alors ils avaient effectivement tous le sourire. Mais derrière les visages souriants, se lisaient la fatigue, la lassitude. Les souffrances sont ancrées mais supportées par l’espoir, un espoir de gens simples et dignes comme j’en ai rarement rencontré. « Nous reconstruirons tout comme nos grands-parents, je ne sais pas quand cela finira mais une chose est sûre, nous ne vivrons plus jamais dans l’Ukraine, ces gens n’ont qu’à se tourner vers l’Union européenne et la « civilisation » comme ils disent, nous autres nous n’avons pas besoin d’eux, encore moins de leurs obus, tout cela se payera un jour ».

 

Cette parole n’est pourtant pas prononcée avec de la haine, bien au contraire, tous nous indiquent que l’Ukraine a perdu la raison, qu’il s’agit d’une guerre fratricide et injuste, une guerre stupide, mais tous aussi indiquent les coupables réels : Les USA et l’Union européenne : « dites à votre Hollande qu’ils gardent ses bateaux, cela n’empêche pas les Ukrainiens de nous tirer dessus et je ne vous parle pas de leur utilité dans cette guerre… peut-être dans l’étang là-bas ? ».

 

Je rigole comme toute la compagnie, mais au fond je suis triste de penser que notre Président a trahit notre pays et ses intérêts, qu’il supporte les nazis de Kiev et malgré sa participation aux accords de Minsk n’a rien fait pour arrêter le massacre. La différence entre lui et Volodia, dur travailleur de Spartak qui ne possède plus qu’une maison criblée d’éclats d’obus et de balles, n’est pas très grande. C’est juste qu’entre ces hommes de pouvoir, de Porochenko à Hollande jusqu’à Volodia, ce dernier n’a pas oublié qu’il était un homme, d’où il venait et ce pourquoi il avait mis au monde ses enfants.

 

Laurent Brayard pour DONi.Press

 

La page Facebook d'André membre de l'association B Mecte, les humanitaires de l'extrême qui n'hésitent pas à conduire l'aide jusque dans les endroits les plus dangereux du Donbass :https://www.facebook.com/lisenkos

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14/02/2016
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