Korotchenzov

Colonel Strelkov, celui qui ridiculise Kiev (et l'OTAN)

Posted: 06 May 2014 09:20 AM PDT

Pendant longtemps, les services de sécurité ukrainiens n'avaient de lui qu'un portrait-robot crayonné. Aussi connu sous le sobriquet de «Strelok» (le tireur), le mystérieux colonel Strelkov, de sa véritable identité Igor Girkine, officier supérieur du GRU russe, était soupçonné par Kiev d'être le principal responsable du soulèvement séparatiste prorusse dans l'est de l'Ukraine. Signe de l'impunité dont jouissent les insurgés dans le Donbass, le colonel Strelkov est finalement apparu publiquement ce week-end à Sloviansk, ville devenue le centre du soulèvement contre le pouvoir de Kiev dans le Donbass.

Une petite moustache à la Olrik, l'air plutôt sophistiqué, la voix douce et l'élocution posée, vêtu d'un treillis pixellisé, le colonel Strelkov a accordé des entretiens à deux chaînes de télévision russe, qui bénéficient d'un accès particulier aux insurgés. Sans s'étendre sur son statut personnel ni sur sa mission exacte, il s'est présenté comme le chef militaire du mouvement qui défie le pouvoir ukrainien. «L'unité avec laquelle je suis venu à Sloviansk a été formée en Crimée, je ne vais pas le cacher», a expliqué le colonel dans un long entretien avec le journal Komsomolskai Pravda. «Elle est composée de volontaires dont les deux tiers sont des citoyens ukrainiens. Ils sont originaires de plusieurs régions de l'Ukraine, même si beaucoup sont bien sûr originaires de Donetsk et de Loughansk. La plupart ont une expérience militaire ; certains ont combattu dans l'armée russe, en Tchétchénie ou en Asie centrale ; d'autres, sous uniforme ukrainien, en ex-Yougoslavie ou en Irak. Certains ont même combattu en Syrie.»

Strelkov affirme que les armes de son groupe avaient été prises à la police et à l'armée ukrainienne. «La Russie ne nous a donné ni arme ni munition. Toutes nos armes nous ont été “offertes” par les forces ukrainiennes, nous les en remercions et espérons qu'ils continueront à nous approvisionner. Le premier jour de notre arrivée à Sloviansk, nous avons désarmé la police, puis nous avons pris des armes à la 25e brigade aéroportée et à des unités de gardes-frontières ukrainiens.»

Les commandos du colonel Strelkov ont été responsables des premières prises de bâtiments officiels dans la région de Donetsk. Une fois les commissariats ou les édifices publics sous contrôle, la garde des lieux est confiée à des hommes armés originaires de la région, volontaires de la ville, gros bras ou désœuvrés venus proposer leurs services. Les groupes de Strelkov restent dans l'ombre, et mènent des actions militaires ponctuelles.
Parfaitement sûr de lui

Le colonel Strelkov a ainsi explicitement revendiqué plusieurs opérations menées contre l'armée ukrainienne, envoyée par Kiev pour reprendre le contrôle du Donbass aux groupes prorusses. L'une des plus spectaculaires a été lancée contre l'aérodrome de Kramatorsk. Cette ancienne piste désaffectée depuis la chute de l'URSS, saisie par surprise par les hélicoptères ukrainiens au début de leur opération, est devenue leur principale base dans la banlieue de la ville. Le matin du 25 avril, plusieurs explosions détruisent un hélicoptère de transport Mi-8 et des stocks de munitions. «Nous avons observé l'aérodrome pendant plusieurs jours, nous aurions pu choisir de tirer les hélicoptères avec des troupes à bord, mais nous avons préféré tirer sur un appareil de transport. Nous ne pouvons pas garantir qu'il n'y aura pas un jour des victimes.»

Strelkov s'est montré parfaitement sûr de lui et de ses unités, mieux entraînées que l'armée ukrainienne, et surtout bénéficiant de la présence des divisions russes de l'autre côté de la frontière. «Personne ne va déclencher une troisième guerre mondiale pour Sloviansk, ni à cause de l'Ukraine», a-t-il dit. Il a revendiqué la capture des observateurs de l'OSCE, faits prisonniers ce week-end à un point de contrôle routier tenu par les rebelles à l'entrée de Kramatorsk: «Ils étaient en mission de reconnaissance», a expliqué le colonel. «Ils étaient venus observer le dispositif militaire russe de l'autre côté de la frontière. À la différence des officiers ukrainiens qui ne s'attendaient pas à voir des militants armés, les gens de l'OSCE se sont montrés très calmes. Ce sont des agents de renseignement professionnels.»
Méthodes d'intimidation

Le rôle du colonel semble dépasser celui d'un simple homme de main. La stratégie du mouvement séparatiste, qui s'est constitué en une entité autoproclamée de République populaire de Donetsk, n'a pas réussi à se transformer en mouvement de masse dans les grandes villes. «Nous avons beaucoup de critiques à l'égard de la République de Donetsk, qui n'a pratiquement rien fait depuis l'occupation du bâtiment de l'administration régionale, a dit le colonel, et nous avons décidé de ne pas multiplier les centres de résistance.» La stratégie a ainsi changé. Plutôt que de continuer à faire de la politique, les activistes prorusses sont depuis plusieurs jours passés à des méthodes d'intimidation, un peu moins sophistiquées, mais efficaces. Le but affiché est de tenir un référendum d'autodétermination le 11 mai prochain, réédition du scénario de l'annexion de la Crimée, auquel le colonel Strelkov et ses hommes ont participé activement. 
 
Source 


07/05/2014
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