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EN DIRECT DE CRIMÉE : ON VOULAIT NOUS DÉTRUIRE MAIS NOUS AVONS SURVÉCU !

En direct de Crimée : on voulait nous détruire mais nous avons survécu !

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Je reviens tout juste de Crimée. D’un voyage aussi inespéré que prompt mais qui m’a confortée dans le point de vue que j’avais exprimé le 16 mars, jour du référendum, ainsi que les deux mois qui suivirent cet évènement.

 

Ayant visité Yalta et Mischor, une station balnéaire située sur la côte sud de la Crimée, j’y ai découvert deux Crimée ou plutôt deux Crimée en une seule : l’une est fatiguée pour avoir trop subi, l’autre est dans cet état d’effervescence difficilement descriptible mais tellement caractéristique des périodes transitoires gouvernées par l’espoir.

 

Sanatoriums vétustes, amoncellement de bateaux rouillés que l’on peut entre autres entrevoir derrière le Phare de Yalta, routes à moderniser de toute urgence : toutes ces images n’enlèvent rien à la splendeur de la péninsule mais reflètent cependant le désintérêt total des anciennes autorités et l’ampleur titanesque du corruptionnisme qui sévissait ces deux dernières décennies.

 

Parlant de la Crimée actuelle, telle qu’elle s’est reformée sous la période ukrainienne, il conviendrait d’évoquer le niveau non pas de vie mais de survie de ces gens qui ont néanmoins eu le courage de faire valoir leur volonté le 16 mai. En effet, est-il normal qu’un médecin-généraliste gagne 6500 roubles par mois (ce qui équivaut à environ 130 euros) ? Est-il normal qu’un jeune ingénieur diplômé de l’université de Sébastopol balaie les rues pour avoir de quoi manger ? Est-il normal que des retraités septuagénaires fassent des centaines de kilomètres par jour pendant la saison touristique … parce que leur misérable retraite ne suffit naturellement pas et que leurs potagers sont régulièrement menacés par des voisins un peu plus aisés qui ont pris l’habitude d’élargir leur terrain en enfreignant la loi « grâce » à des tribunaux hautement corrompus ?

 

Et on voulait encore nous faire croire que la Crimée avait voté sous la pression russe ?

 

Le fait que le fils de Ianoukovitch ait privatisé Massandra, le vignoble de Crimée, n’est en fait que la culmination d’un très long processus de décrépitude étatique entamé après l’éclatement de l’Union Soviétique. De modestes améliorations avaient été relevées vers la fin du deuxième mandat de Leonid Koutchma mais celles-ci avaient été vite réduites à zéro suite à l’avènement de la « révolution orange » et de son leader, Viktor Iouchtchenko pourtant perçu, tout comme Mme Timochenko, comme un grand démocrate europhile.

 

On peut donc accuser Ianoukovitch de tous les péchés – et sans conteste à juste titre ! – on peut regretter que la fille de l’ancien Premier ministre, Nikolaï Azarov, ait racheté une bonne moitié des sanatoriums délabrés de Mischor sans rien investir en retour, la réalité n’en changera pas pour autant : l’Ukraine dans son ensemble et la Crimée en particulier en étaient déjà au stade de non-retour dans un pays où s’affrontaient trois camps : celui de Ianoukovitch qui voulait faire plaisir et à la Russie et à l’UE (d’où l’immense velléité du Président vis-à-vis du Traité Ukraine/UE), celui de Timochenko, Tourtchinov et Iatseniouk dont les discours europhiles masquaient une motivation tout bonnement parasitaire et celui de Dmitri Iaroch ou Oleg Tiagnibok dont l’ultranationalisme aurait fait rêver les plus hauts dignitaires nazis du III Reich.

 

Le pire, c’est que les deux derniers camps sont accessoirement prêts à pactiser, si bien que Timochenko qui est tout sauf ukrainienne renverrait presque à l’image hypertrophiée de la poétesse et révolutionnaire ukrainienne Lesia Oukraïnka. Mais sur le terrain, qu’en est-il ? J’ai réussi à interroger deux Criméens qui sous couvert d’anonymat m’ont accordée deux brèves interventions :

 

La Voix de la Russie« Avez-vous pris part au référendum sur le retour de la Crimée à la Russie ?

 

Artiom, un jeune habitant de Yalta diplômé en sciences. Oui, bien entendu ! Je considère que c’était le devoir de chaque Criméen de voter le 16 mars pour le rattachement de sa péninsule natale à la Russie.

LVdlR. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce choix ?

 

Artiom. Un grand nombre de facteurs ! Parmi les principaux : des hommes politiques corrompus au gouvernement de Kiev et au Parlement. Ces gens-là ont tous des comptes en banque à l’étranger, ils nous manipulent comme si nous étions des marionnettes. Les salaires et les retraites que nous percevons sont infimes comparé notamment au niveau de vie en Russie.

 

LVdlRLa Crimée est redevenue russe. Est-ce que ça vous rend optimiste ?

 

ArtiomOui, plus qu’optimiste ! Poutine a vraiment la carrure d’un chef d’Etat, il n’a rien à voir avec ces « bouffons » qui se succédaient pendant des années en Ukraine. Ce qui est certain, c’est que la Crimée connaitra un net essor avec le développement du secteur touristique ce qui portera automatiquement les salaires à la hausse. Je suis diplômé en sciences et je n’arrive pas à trouver d’emploi ! Au début, je voulais me procurer une carte d’invalidité qui m’aurait donné l’équivalent de 3000 roubles par mois (66 euros environ, NDLR) mais qu’aurais-je fait avec une somme pareille ?! Je me suis alors dit qu’il serait plus profitable d’aller balayer les rues …

 

LVdlRY avait-il beaucoup de monde le jour du référendum ?

 

Artiom. Oui, le taux de participation était très élevé. Avant tout parce qu’il n’y a pas d’avenir en Ukraine, surtout après les vagues de répressions perpétrées dans les régions du Sud-est ».

 

Un autre intervenant dont j’ignore tout jusqu’au prénom est venu à Yalta de Sébastopol. Je reprends ici ses réponses :

 

LVdlRAvez-vous participé au référendum ?

SEvidemment.

LVdlRVous venez d’où ?

S. De Sébastopol.

LVdlR. Qu’est-ce qui vous a poussé à participer au référendum ?

S. Le fait que Sébastopol ait toujours appartenu à la Russie.

LVdlRPour des raisons essentiellement historiques ?

S. Mais pas seulement ! Nous avons toujours considéré que nous vivions en Russie ! Quand l’hymne de Sébastopol a été traduit en ukrainien, tout le monde était indigné car il s’agit quand même du siège de la Flotte russe et non pas de la Flotte ukrainienne !

LVdlR. Est-ce que le taux de participation au référendum était élevé ?

S. Il était immense ! Et contrairement à ce que certains disent, les gens ne sont pas venus parce qu’ils y étaient contraints par une armée russe imaginaire. Vous savez, la propagande va toujours très loin ! On nous a racontés que les fauteurs de trouble à Odessa étaient des forces spéciales russes, que les victimes de la Maison des syndicats s’étaient incendiées elles-mêmes, alors vous voyez, ça va très loin !

LVdlRPensez-vous que la guerre civile qui sévit en ce moment dans les régions du Sud-est devrait bientôt toucher à sa fin ?

SIl m’est très difficile d’y répondre. Nous avons tous des proches et des amis dans ces régions, il est normal que nous nous fassions du mauvais sang pour eux. J’espère qu’ils vaincront.

LVdlRY-a-t-il beaucoup de volontaires de Crimée dans ces régions ?

SOui. Enfin, ce sont souvent des gens originaires du Sud-est qui à l’époque sont venus travailler en Crimée et qui en réalité ne font que regagner leurs régions natales pour les défendre. Ces dernières avaient très peur du référendum criméen. Mais quand elles ont vu que chez nous les chars ne sillonnaient pas les rues, ils nous ont exprimé leur soutien. Si les troupes ukrainiennes, la Praviy Sector et les mercenaires étrangers ne sont pas allés jusqu’en Crimée, c’est bien parce que le Berkout, chassé par le gouvernement putschiste de Kiev, mis à genoux à Lvov, a barré les deux routes qui mènent à Sébastopol. Vous n’imaginez pas comment nos gars du Berkout ont été accueillis ! Le quartier Nachimov était inondé de fleurs !

LVdlRPensez-vous que l’on assiste à la fin de l’Etat ukrainien ?

S. En fait, si ce n’était le Maïdan, je pense que la Crimée ferait toujours partie de l’Ukraine. Ceux qui ont orchestré le Maïdan ont disloqué le pays de leurs propres mains, de l’intérieur.

LVdlR. Surtout que les europhiles de Kiev voulaient transformer les ports de Yalta et de Sébastopol en bases de l’OTAN …

SExactement mais il ne s’agit pas seulement de bases navales. Je peux vous dire que l’école numéro 5 (les écoles russes et ukrainiennes sont numérotées, NDLR) devait faire office de base d’entraînement, d’ailleurs, les travaux qui y sont menés sont sur le point de se terminer. Je viens de citer l’exemple d’une seule école mais en réalité, il y en a beaucoup plus ».

 

Le Ministère des Affaires criméennes qui a été tout récemment crée a déjà lancé des initiatives bien musclées allant de l’ouverture d’une usine de dessalement de l’eau de mer les vannes du canal Nord-Crimée ayant été coupées par Kiev à l’introduction d’un moratoire sur la privatisation des terres en passant par la relance du système bancaire et le réajustement des salaires et des retraites. Les mesures adoptées devront définitivement entrer en vigueur d’ici le 1 janvier 2015. « On voulait nous détruire mais nous avons survécu » : cette phrase qui résume tout a été prononcée par le chauffeur de taxi qui m’a reconduit à l’aéroport de Simferopol. Je n’ai rien à ajouter.

 

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.
Lire la suite: http://french.ruvr.ru/radio_broadcast/217362642/272600833/

 

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20/05/2014
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