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GUERRE CIVILE EN UKRAINE : L'EUROPE RISQUE UNE CATASTROPHE NUCLÉAIRE

la centrale nucléaire d'Energodar

 Un tournant majeur a été franchi aujourd'hui en Ukraine, et toute l'Europe se retrouve menacée par ses conséquences. Suite à l'effondrement ces jours-ci du front sud et de l'avancée des insurgés jusqu'à la mer d'Azov et la région voisine de Zaporojie, l'homme fort de Dnepropetrovsk Igor Kolomoisky, a annoncé qu'il prenait les choses en main et a lancé les préparatifs pour faire sauter le barrage de DneproGuES, sur le Dniepr, près de la ville ukrainienne de Zaporojie, si les insurgés continuaient leur avance vers cette ville. Or une Centrale Nucléaire très importante pourrait être submergée et détruite si le barrage venait à sauter. Un scénario catastrophe dont les retombées dépasseraient largement l'Ukraine.

 

 

 Selon une source de Lifenews le barrage de la Centrale du Dnepr (DneproGuES) a commencé à être miné par les pouvoirs locaux sur ordre de Filatov, bras droit de Kolomoisky dépêché par celui-ci à Zaporojie; cela a été confirmé par d'autres sources locales. Plusieurs centaines de milliers de personnes en Ukraine du sud et en Crimée sont menacées de submersion; la plus grande Centrale Nucléaire d'Europe (6000 MW en 6 tranches) flanquée d'un important dépôt de déchets nucléaires risque aussi de sauter si elle est noyée par les eaux du Dniepr.
 
Le barrage a déjà sauté en 1941 (sur ordre des soviétiques) et en 1943 (sur ordre des allemands), causant plusieurs centaines de morts à chaque fois. Mais à l'époque, les centrales thermique et nucléaires implantées aujourd'hui dans son bassin versant n'existaient pas; il n'y avait que des steppes, avec des localités de peu d'importance au bord du fleuve au cours changeant, aux crues nombreuses et au cours difficilement navigable. Aujourd'hui, c'est un très important bassin industriel, énergétique et minier où sont concentrées plusieurs agglomérations importantes. A lui seul le barrage de DneproGuES élève le cours du fleuve de 50 mètres; c'est dire la taille de la vague si le barrage devait être détruit à l'explosif. 


Igor Kolomoisky, l'homme qui veut dévorer l'Ukraine
 
Igor Kolomoisky est un oligarque israélo-chyprio-ukrainien qui gouverne d'une main de fer la ville de Dniepropetrosvk dont il est le principal acteur économique; c'est un important centre industriel et démographique de 1 million d'habitants, au carrefour entre l'Ukraine originelle (ukrainophone et pro-européenne) et les régions russophones de Nouvelle Russie où dominent les sentiments favorables à l'insurrection et anti-européens. Le gouverneur de Dnepropetrosk Filatov est un membre du premier cercle de Kolomoisky.

Par intérêt, Igor Kolomoisky est devenu l'allié du nouveau régime, n'hésitant pas à financer de ses propres fonds plusieurs bataillons, notamment "Donbass", "Azov", "Dnepr", "Kiev" composés de mercenaires, d'ex-taulards, d'ultra-patriotes ou de néonazis ukrainiens ou étrangers. Ceux-ci sont tristement connus pour avoir trempé dans de nombreuses exactions et purges, notamment à Mariupol, Slaviansk, Krasny Liman, Artemovsk et dans d'autres localités du Donbass. Le bataillon "Donbass" est par ailleurs celui qui détient depuis dix jours le journaliste et poète français Iouri Iourtchenko.  L'oligarque en a largement les moyens : son conglomérat Privat détient plusieurs usines stratégiques privatisées dans les années 1990 et ses filiales bancaires sont le principal bailleur de fonds de la révolte Euro-Maidan et des forces paramilitaires engagées dans la répression de l'insurrection des régions de l'Est (DNR et LNR).
 
Le but de Kolomoisky était de se créer une armée privée; la valeur sur le champ de bataille de ces troupes de fortune n'est pas très grande et les insurgés une fois pourvu d'artillerie y ont fait des ravages; certains de ces bataillons ont déjà été renvoyés à l'arrière, décimés, et complétés à nouveau deux ou trois fois. Dans l'esprit de Kolomoisky, ces hommes bien payés et prêts à tout pour leur maître peuvent servir de force d'appoint pour prendre le pouvoir à Kiev. D'autant plus que de plus en plus de voix s'élèvent dans le pays - attisée par les commandants de ces bataillons - pour appeler à renverser le président Porochenko et le pouvoir issu du coup d'Etat de février 2014, lui même issu de la révolte pro-européenne Euro-Maidan de Kiev.

Une fois maître de l'Ukraine il serait alors libre de s'approprier les actifs des autres oligarques (notamment dans l'Est : Rinat Akhmetov à Donetsk, Kernes et Firtach à Kharkov, etc.) et les compagnies d'Etat - notamment celles qui dominent encore les réseaux de transport, les hydrocarbures, le transit du gaz et l'exploitation des centrales nucléaires du pays. Ce qui représente des revenus colossaux.
 
Parallèlement, il a étendu son emprise depuis Dniepropetrovsk - où il a du marginaliser l'opposition de Ioulia Timochenko, ex Premier Ministre pendant la révolution orange (pro-européenne) et "grand mère du Maïdan" (révolte pro-européenne de 2013) en Ukraine - à Odessa, grande ville portuaire du sud du pays, où il a mis en place comme gouverneur un autre proche, Palitsa. Maintenant, suite à l'avancée fulgurante des insurgés vers la mer, il a déclaré qu'il prenait sous son aile la protection de la région de Zaporojie et de la ville de Mariupol, dans le but très probablement de mettre la main sur l'aciérie Azovstal et les autres actifs de Rinat Akhmetov, l'oligarque qui possède la plupart des installations minières et sidérurgiques du Donbass.
 
Le rôle trouble d'Igor Kolomoisky reste à éclaircir dans deux événements particulièrement sanglants qui ont marqué l'histoire de la guerre civile ukrainienne. Le premier est l'incendie de la maison des syndicats d'Odessa. Le 2 mai, les partisans de l'intégration pro-européenne de l'Ukraine ont attaqué à main armée les partisans de la fédéralisation du pays, dans le centre-ville d'Odessa, et les ont forcé à se réfugier dans la maison des syndicats. Ensuite les agresseurs y ont mis le feu et ont empêché les secours d'intervenir. Selon des sources convergentes, ces agresseurs étaient des hommes de main de Kolomoisky. Plus de 48 personnes ont trouvé la mort et 45 ont disparu, selon un bilan officiel. A ce jour, des corps restent abandonnés dans les caves de la maison des syndicats et les pouvoirs locaux d'Odessa refusent toute possibilité d'y accéder ou de les sortir du bâtiment.
 
L'autre événement sanglant est le crash du Boeing malaisien (vol MH17) en juillet. Ce sont les contrôleurs aériens de Dniepropetrovsk qui ont guidé l'avion au-dessus des zones où les combats entre insurgés et armée ukrainienne étaient les plus violents; le plan de vol habituel de l'avion passait bien plus au sud, au-dessus de zones alors encore épargnées par les combats. L'influence du gouverneur de Donetsk dans ce que d'aucuns appellent une "manipulation sanglante" a été dénoncée par certaines parties au dossier, mais aussi ses concurrents politiques intérieurs et des sources russes.



 
Depuis le 20 août les insurgés ont accompli une contre-offensive foudroyante
 
Alors que le 15 août des manifestants se rassemblaient en solidarité avec les victimes du Donbass les insurgés commençaient leur contre-offensive. Le 19, le front était encore à quinze kilomètres de Donetsk, à Mospino et Ilovaisk. Mais dès le lendemain, les insurgés ont percé la ligne de résistance au sud et se sont rués vers la mer. En même temps, la situation est restée presque inchangée autour de Lugansk, si ce n'est la réduction de plusieurs poches de résistance ukrainiennes au sud de la ville et quelques manoeuvres (réussies) des insurgés pour fixer des unités ukrainiennes à Debaltsevo (ouest), Slavianoserbsk (ouest-nord-ouest) et Severodonetsk (nord-ouest).
 
En moins de dix jours ils ont avancé de 120 km, dépassant par l'ouest la ville portuaire et sidérurgique de Mariupol et libérant une série de villages en bord de mer sur une bande côtière de 60 kilomètres, dont la ville de Novoazovsk. Le 27, pour la première fois, les avant-gardes des insurgés ont atteint la région frontalière de Zaporojie, où des résistants favorables à l'insurrection ont attaqué des convois de ravitaillement de l'armée ukrainienne et libérés plusieurs localités situées à 50 km à l'ouest et au nord-ouest de Mariupol. Depuis le 20 août, plus de soixante villages et petits villes entre Donetsk et Mariupol ont hissé les couleurs de l'insurrection.

Enfin des forces ukrainiennes très importantes ont été enfermées dans plusieurs poches : près d'Ilovaisk (1000 hommes, principalement des bataillons "Donbass" et "Azov" financés par Kolomoisky), autour d'Amvrosievka (5000 militaires, dont plusieurs bataillons de Kolomoïsky et des forces armées régulières, de nombreux canons et chars), près de Starobechevo au sud-ouest de Donetsk (encore 1500 à 2000 militaires) et enfin 3000 hommes et de nombreux chars à Mariupol même.

Tout cela a provoqué une panique très compréhensible parmi les forces ukrainiennes et les ukrainiens favorables au gouvernement à Mariupol, mais aussi jusqu'à Zaporojie et Dniepropetrovsk dont les administrations municipales respectives ont ordonné avec beaucoup de précipitation de commencer à creuser des tranchées. La panique est d'autant plus grandes que les populations proches de la mer d'Azov et les cosaques de Zaporojie sont très critiques envers le pouvoir de Kiev; les cosaques sont par ailleurs de bons et valeureux combattants.

A Mariupol, l'aciérie, la gare, le principal pont et une partie du port ont été minés pendant la journée du 27 août. Le même jour, un bataillon complet de 400 personnes, composés de conscrits de l'ouest de l'Ukraine (Ivano-Frankivsk) se mutinait, quittait la ligne de front et, avec armes et bagages, regagnait sa ville. D'autres unités régulières ou paramilitaires ont aussi abandonné la ligne de front et leurs blindés tandis que plusieurs centaines de soldats se sont tout bonnement rendus à l'insurrection. Une soixantaine de douaniers ont préféré passer la frontière russe pour être désarmés de l'autre côté.

Le commandant du bataillon "Donbass" (financé par Kolomoïsky) Semion Semenchenko se plaignait il y a encore deux jours sur sa page Facebook d'avoir été abandonné par les unités régulières ukrainiennes censées le ravitailler et couvrir ses arrières; elles ont reculé jusqu'à la nouvelle ligne de front, à 50 km de la poche d'Ilovaisk où est maintenant enfermé le bataillon Donbass. Enfin, les insurgés ont commencé à pilonner les nouvelles poches à l'artillerie lourde tout en attaquant sans ménagement toutes les tentatives de débloquage desdites poches par les forces ukrainiennes. De nombreux blindés ont été détruits ou abandonnés et plusieurs unités ont tout simplement cessé d'exister après avoir vu leurs soldats décimés à 70 voire 80 %. Ci-dessous, les véhicules détruits de l'une d'elles, la 51e OMBR.



Energodar : la plus grande centrale nucléaire européenne peut sauter en cas de submersion par le Dniepr
 
A quelques dizaines de kilomètres du grand barrage de la centrale électrique du Dniepr, la DneproGuES, se trouve la ville d'Energodar. Ses deux centrales - thermique et nucléaire - produisent 25% de l'électricité ukrainienne. La centrale thermique à elle seule à une puissance de 3625 MW, soit l'équivalent de deux EPR français (centrales nucléaires de nouvelle génération). Elle appartient à la compagnie DnieproEnergo, qui a échappé à Kolomoisky après une lutte féroce; elle est la propriété de l'homme fort du Donbass, Rinat Akhmetov.
 
Juste à côté de la centrale thermique se trouve la centrale nucléaire de Zaporojie-Energodar. C'est la plus grande centrale nucléaire d'Europe, avec ses six tranches de 1000 MW chacune mises en service entre 1981 et 1993; par ailleurs le site abrite un important dépôt de déchets nucléaires produits par la centrale et stockés sur place dans des futs. Située à côté d'une importante retenue d'eau, cette centrale qui appartient à la compagnie d'Etat EnergoAtom n'est pas du tout protégée en cas de submersion importante par les eaux du Dniepr. Comme celle que peut causer la rupture du barrage de la Dneprogues, qui élève à lui seul le niveau des eaux du fleuve de 50 mètres.
 

Lorsque la centrale de Tchernobyl avait sauté en 1986, le nuage radioactif avait traversé l'Europe et atteint l'ouest de la France - bien que l'Etat avait alors déclaré que "le nuage s'était arrêté à la frontière", et menti délibérément aux français. Des dépôts plus importants s'étaient accumulés en Corse, Auvergne, Alsace, Comté et Bourgogne. Si la centrale de Zaporojie vient à sauter à cause de l'acharnement et de la bêtise de Kolomoisky, qui se croit d'autant plus tout permis que personne ne vient mettre un terme à sa soif de pouvoir, l'Europe sera forcée d'intervenir en Ukraine pour arrêter le massacre quotidien des populations de l'Est bombardées à coups d'obus et de missiles balistiques par le pouvoir de Kiev. Mais il sera alors trop tard. Beaucoup trop tard.


 

 

LOUIS-BENOIT GREFFE



30/08/2014
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