Korotchenzov

" Il ne faut pas laisser passer les mensonges vis-à-vis de la Russie et empêcher la falsification de l’histoire."

Allocution de Vladimir Poutine aux Ambassadeurs Russes


Allocution du Président russe Vladimir Poutine lors de la 8e réunion des ambassadeurs et des représentants permanents de Russie au Ministère des Affaires étrangères.

Moscou, jeudi 30 juin 2016

 

Chers collègues,

Je suis ravi de vous saluer à l’occasion de notre réunion traditionnelle au Ministère des Affaires étrangères. Avant tout, je voudrais remercier la direction et l’équipe du Ministère des Affaires étrangères ainsi que le personnel de l’appareil diplomatique pour leur professionnalisme et leur dévouement, et exprimer la certitude que vous continuerez de travailler de manière aussi harmonieuse et efficace.

La Russie mène une politique étrangère autonome et indépendante, tout en cherchant à construire des relations ouvertes et honnêtes avec tous les États – à l’ouest, à l’est, au nord et au sud – et en prônant le développement de relations constructives mutuellement bénéfiques dans tous les domainesNous n’imposons à personne notre volonté ou nos valeurs, nous respectons le droit international et défendons continuellement le rôle central de l’Onu et du Conseil de sécurité des Nations unies dans le règlement des problèmes régionaux et internationaux.

La situation dans le monde, comme vous le savez, est instable et de plus en plus imprévisible.Toutes les sphères des relations internationales connaissent de sérieux changements. La concurrence se renforce, aussi bien pour l’influence que pour les ressources. A cela s’ajoute une confrontation d’approches sur la manière dont les mécanismes de gestion globale doivent être construits au XXIe siècle. Certains tentent même de rejeter les règles et les conventions.

Tout cela freine la mise en place d’efforts multilatéraux efficaces pour régler les situations de crise, et provoque même de nouveaux foyers de tension. Le potentiel de conflit croît. Les risques en matière de sécurité, tout comme dans les domaines économique et humanitaire, ne faiblissent pas. Au contraire, ils se multiplient et touchent de plus en plus de régions dans le monde.

Je suis convaincu qu’il est possible d’éviter des décrochages dangereux ou un scénario incontrôlable grâce au dialogue et à la coopération. La communauté internationale doit avancer vers la formation d’un ordre mondial plus juste basé sur une sécurité unie et indivisible, ainsi que le principe de responsabilité collective.

Le monde est de plus en plus interdépendant et les défis auxquels tous les États font face sont en grande partie communs. Cela se passe de preuves. C’est pourquoi je le répète: la coopération, la volonté commune et la disposition à élaborer des compromis doivent constituer la clé de tous les problèmes les plus complexes, où qu’ils surviennent dans le monde.

 

Dans le même temps, nous constatons des tentatives insistantes de certains de nos partenaires de garder le monopole de la domination géopolitique. Pour cela, on utilise l’expérience accumulée depuis des siècles d’oppression, d’affaiblissement, de confrontation des concurrents, ainsi que des leviers politiques, économiques, médiatiques et financiers améliorés.

Je veux parler de l’ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays, de la provocation de conflits régionaux ou encore de l’exportation des révolutions de couleur. Parfois même, pour mener une telle politique, certains acteurs font appel à des terroristes, des fondamentalistes, des nationalistes d’extrême-droite, voire des néofascistes.

Nous constatons déjà à quel point une telle politique est nuisible à proximité de nos frontières. Il y a deux ans, à la liste des points chauds régionaux s’est ajoutée, à notre très grand regret, l’Ukraine où a été déclenché un conflit intérieur qui a provoqué des victimes humaines, la destruction des liens économiques et un flux de réfugiés, y compris vers la Russie.

Nous souhaitons sincèrement que la crise ukrainienne soit réglée au plus vite. Nous continuerons de coopérer avec les membres du Format Normandie et avec les États-Unis car nous voulons voir en l’Ukraine un bon voisin, un partenaire prévisible et civilisé qui vit en paix – avant tout avec lui-même. Mais pour cela, Kiev doit enfin comprendre la nécessité d’un dialogue direct avec le Donbass, avec Donetsk et Lougansk, et celle de remplir complètement ses engagements dans le cadre des Accords de Minsk.

 

Le fait que la crise ukrainienne soit en plein atermoiement est inadmissible, tout comme la ferme volonté d’en accuser quelqu’un d’autre – Russie en tête. Une telle attitude ne peut que détériorer une situation déjà malsaine sur le continent européen et aggraver les conséquences d’une grave erreur: le choix d’une expansion de l’Otan vers l’est au lieu de construire une architecture de sécurité équitable et indivisible de l’Atlantique au Pacifique avec la participation de la Russie à part entière.

L’orientation anti-russe de l’Otan se démarque fortement aujourd’hui:

  • l’Alliance cherche dans le comportement de la Russie des confirmations de la légitimité et de l’utilité de son existence, mais entreprend également des démarches conflictuelles réelles envers nous.
  • La mythique menace nucléaire iranienne s’est dissipée – je l’ai déjà dit publiquement plusieurs fois – qui servait d’argument pour construire la défense antimissile de l’Otan.

Pourtant, on continue d’ériger dans l’est de l’Europe des sites d’infrastructure antimissile. A l’époque déjà, quand cette idée est née, nous avions dit que c’était un mensonge, un simple prétexte. C’était effectivement le cas. Le nombre d’exercices militaires a fortement augmenté, y compris en mer Noire et en mer Baltique. Nous sommes constamment accusés de mener une activité militaire... sur notre propre territoire. Mais par contre, ce qui se passe devant nos frontières est considéré comme normal. En Pologne et dans les pays baltes, on déploie des forces de réaction rapide et on complète les arsenaux d’armements offensifs pour saper la parité militaire installée depuis plusieurs décennies.

Nous suivons constamment ces processus, nous savons comment réagir et le ferons évidemment à terme. Mais nous n’avons pas l’intention de céder à l’élan militariste actuel vers lequel on cherche visiblement à nous pousser, qui vise à provoquer une course aux armements coûteuse et sans perspectives, ainsi qu’à faire en sorte que nous détournions nos forces et nos ressources du règlement des tâches primordiales de notre propre développement socioéconomique. Cela n’arrivera pas. Mais nous ne serons pas faibles non plus: nous pourrons toujours nous défendre et garantirons la sécurité de la Fédération de Russie et de ses citoyens.

La politique irresponsable et erronée du recours à la force, comme en témoignent les interventions en Irak et l’ingérence militaire en Libye, ont conduit à la montée en puissance du terrorisme et de l’extrémisme, c’est parfaitement clair pour tout le monde. L’apparition de groupes extrémistes comme l’État islamique (Daech) en est un exemple. Les terroristes, non sans succès, tentent de profiter de la fracture des systèmes étatiques suite aux expériences maladroites d’exportation de la démocratie au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Tout le monde en parle aujourd’hui. On pourrait même en rire si le sujet n’était pas aussi triste, si ce n’était pas une telle tragédie.

La menace terroriste a décuplé pour devenir le principal défi à la sécurité internationale aujourd’hui. Certes, les terroristes ne disposent pas encore de tous les moyens militaires techniques modernes, mais ils ont déjà tendu la main vers l’arme chimique, leurs actions s’étendent bien au-delà d’une seule région et il est difficile de prédire où auront lieu leurs nouvelles attaques importantes.

 

La Syrie s’est retrouvée à l’épicentre de la lutte contre le terrorismeIl ne serait pas exagéré de dire que du sort de ce pays ne dépend pas seulement l’avenir du Moyen-Orient: en Syrie se joue l’issue du combat contre Daech, sous l’étendard duquel se sont réunis les terroristes et les extrémistes de tout bord unis par leur aspiration à s’étendre sur tout le monde islamique.

Nous savons que leur but consiste à s’installer en Libye, au Yémen, en Afghanistan, dans les pays d’Asie centrale et à proximité de nos frontières. C’est pourquoi en automne 2015 nous avons répondu à la demande du gouvernement syrien légitime d’apporter notre aide pour combattre l’agression terroriste. Je voudrais remercier encore une fois nos militaires, qui ont tout fait pour repousser les terroristes, pour empêcher l’ingérence militaire extérieure illégitime dans les affaires syriennes et préserver la structure étatique syrienne. La diplomatie russe a également joué un rôle positif.

 

Dans le même temps, cette fois conjointement avec les USA et d’autres partenaires, nous avons réussi à instaurer dans plusieurs régions syriennes un cessez-le-feu et à initier des négociations entre les différents acteurs du conflit. Cela confirme une fois de plus la thèse que j’ai évoquée au début, selon laquelle on ne pourra régler les problèmes graves qu’ensemble.

Nous avons initié les négociations inter-syriennes. Il est évident que nous sommes encore très loin d’un règlement définitif du conflit mais l’expérience accumulée ces derniers mois en Syrie a clairement montré qu’on pouvait combattre avec succès les menaces actuelles, le terrorisme et d’autres défis de l’humanité en unissant nos efforts, comme je viens de le dire, en créant un large front antiterroriste – ce à quoi la Russie a appelé et appelle encore aujourd’hui.

 

C’est dans cette perspective que nous avons évoqué la semaine dernière des mesures communes pour assurer la sécurité en Asie centrale pendant le 15e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Nous avons convenu d’intensifier nos contacts dans les domaines politique, économique, culturel, humanitaire et médiatique et nous avons fait passer sur un plan concret le processus d’extension de l’OCS à l’Inde et au Pakistan. C’est effectivement un grand pas politique, rendu possible grâce à un niveau sans précédent de relations de coopération et de confiance entre la Russie et la Chine.

Je voudrais mentionner également nos relations avec notre voisin du sud, la Turquie. Comme vous le savez, je me suis entretenu hier avec le Président de ce pays, qui a présenté ses excuses pour avoir abattu un bombardier russe en novembre 2015. Compte tenu de ces nouveaux éléments, nous avons l’intention de prendre prochainement des mesures pour rétablir la coopération bilatérale.

Bien évidemment, l’une des priorités reste le renforcement du partenariat stratégique en Eurasie. Avec la Biélorussie, le Kazakhstan, l’Arménie et le Kirghizstan, nous mettons actuellement en œuvre le vaste projet d’intégration de l’Union économique eurasiatique (UEE).

Dans le cadre de cette union, nous ne faisons pas seulement tomber les barrières pour les flux commerciaux et d’investissement, mais nous formons également, sur les principes de l’Organisation mondiale du Commerce, un espace socioéconomique commun doté d’une politique et de normes communes dans différents secteurs économiques, nous développons notre coopération industrielle et technologique et mettons en œuvre des programmes scientifiques et éducatifs communs.

 

Notre union souhaite coopérer avec tous les pays et autres associations interétatiques selon des principes de liberté et de transparence, tout en respectant, évidemment, les règles universelles du commerce international. Les consultations sur la mise en place d’une zone de libre-échange au sein de l’UEE se déroulent avec plus de 40 États et organisations internationales. Un accord a déjà été signé avec le Vietnam et les négociations sont en cours avec Israël et la Serbie, avant de passer aux accords avec l’Égypte.

 

Lors d’une récente visite en Chine ont été lancées les négociations sur la mise en place d’un partenariat commercial et économique global en Eurasie sur la base de l’Union eurasiatique et du projet chinois de Ceinture économique de la Route de la soie. C’est une première étape vers la formation d’un grand partenariat eurasiatique incluant les pays de l’UEE, d’autres pays de la CEI, la Chine, l’Inde, le Pakistan et, à terme, l’Iran. J’ajouterai que cette idée a été soutenue par les dirigeants de l’Asie du Sud-Est au sommet Russie-ASEAN en mai à Sotchi.

Lors du Forum économique mondial de Saint-Pétersbourg, nous avons évoqué, avec le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le Premier ministre italien Matteo Renzi, les moyens permettant d’instaurer des relations étroites et mutuellement respectables entre l’UEE et l’UE.

Bien sûr, les Européens traversent une période difficile aujourd’hui, nous voyons et comprenons la situation. Les résultats du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE ont ébranlé les marchés, mais je pense qu’à moyen terme tout va se normaliser.

Je voudrais souligner que ledit « Brexit » est le choix des citoyens britanniques, et que nous ne nous ingérons d’aucune manière dans ce processus. Mais nous avons, évidemment, l’intention de suivre attentivement le déroulement des négociations futures entre Londres et Bruxelles pour en connaître les conséquences pour toute l’Europe et la Russie. Il est clair que l’effet traumatique des résultats du référendum se fera encore sentir assez longtemps. Et nous verrons quels principes démocratiques ils mettront concrètement en application.

La Russie ne renonce pas à l’idée de former avec l’UE un espace économique et humanitaire commun de l’Atlantique au Pacifique, et considère ce projet comme le plus prometteur pour le développement durable de tout le continent eurasiatique.

En ce qui concerne les États-Unis. Comme nous le savons, la campagne présidentielle entre dans sa dernière ligne droite. Bien évidemment, nous respecterons le choix des électeurs américains et serons prêts à travailler avec le futur président.

Je dirai même que nous souhaitons coopérer étroitement avec les États-Unis dans les affaires internationales, mais nous désapprouvons évidemment l’approche d’une partie de l’establishment américain, qui estime qu’il décide seul dans quels domaines il faut coopérer avec nous et où il faut renforcer la pression, y compris par le biais des sanctions. Nous sommes pour un partenariat équitable tenant compte des intérêts des deux pays. Nous ne travaillerons que sur cette base.

 

Pour résumer: aujourd’hui les problèmes, menaces et défis internationaux auxquels la Russie est confrontée sont nombreux et complexes. Ils nécessitent un perfectionnement permanent de notre arsenal diplomatique dans le domaine politique, économique, humanitaire et médiatique.

 

La nouvelle version du concept de politique étrangère de la Russie, dont la préparation se termine aujourd’hui, s’oriente vers un travail actif pour assurer la paix et la stabilité internationales et établir un ordre mondial juste et démocratique sur la base de la Charte de l’Onu.

La diplomatie russe doit continuer de contribuer activement à la prévention et au règlement des conflits, ainsi qu’à apaiser les différents foyers de tension existants – avant tout devant nos frontières, évidemment, pour renforcer la souveraineté, l’intégrité territoriale et défendre les intérêts de notre pays.

 

Il est important de contribuer à la création d’une atmosphère de coopération et de bon voisinage avec d’autres pays, de réunir des conditions extérieures favorables à la croissance de la prospérité de nos citoyens, au développement dynamique de la Russie en tant qu’État démocratique de droit à l’économie marchande socialement orientée.

 

Pour cela, il est nécessaire d’augmenter avec vous notre efficacité sur le plan économique, sur le plan de la diplomatie économique, d’aider réellement les entreprises russes à promouvoir à l’étranger leurs innovations de pointe, de faire sortir nos produits de haute technologie sur les marchés régionaux et internationaux, d’emprunter les meilleures inventions et technologies étrangères, tout comme les formes, les moyens et les méthodes de gestion.

Bien sûr, nos diplomates savent à quel point est importante aujourd’hui la lutte pour l’influence sur l’opinion publique. Ces dernières années, nous nous occupons de près de ces questions, mais dans les conditions de la présente attaque médiatique menée par certains de nos « partenaires » contre notre pays, nous devons redoubler d’efforts.
Nous vivons à l’époque de l’information, et l’aphorisme « Celui qui possède l’information possède le monde » reflète indiscutablement les réalités de notre temps. On a l’impression parfois que les événements ne se produisent pas si la presse n’en parle pas. Jacques Chirac m’a dit un jour: « Il faut absolument faire venir les caméras, sinon c’est un peu comme si nous ne nous étions pas rencontrés ». C’est ainsi en réalité, concrètement.
Il faut s’opposer énergiquement au monopole de l’information des médias occidentaux, y compris soutenir par tous les moyens dont nous disposons les médias russes qui travaillent à l’étranger. Et, bien sûr, il ne fait pas laisser passer les mensonges vis-à-vis de la Russie et empêcher la falsification de l’histoire.

Chers collègues,

Je voudrais évoquer également les décisions prises dans le but de renforcer le potentiel du service diplomatique russe, la création des conditions pour poursuivre le travail efficace des diplomates.

Lors de notre dernière réunion en 2014, un décret présidentiel avait été émis sur la sophistication des systèmes de rémunération du travail du personnel diplomatique, augmentant considérablement le niveau de leur soutien matériel, y compris en matière de retraite.

Récemment a été signée la loi sur l’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire dans un État étranger et le Représentant permanent de la Fédération de Russie auprès d’une organisation internationale. Elle fixe le statut élevé des ambassadeurs russes, détermine leurs pouvoirs et établit des garanties sociales supplémentaires.

Nous avons également adopté une décision concernant les vétérans du service diplomatique ayant pris leur retraite avant 1996. Leur retraite complémentaire à vie a été augmentée. Je sais que le Ministère des Affaires étrangères a avancé l’initiative d’améliorer le système d’assistance médicale pour le personnel diplomatique sur la base du centre spécial de réhabilitation créé au Ministère. Je soutiens cette idée et je demande au Gouvernement de préparer les propositions appropriées pour en assurer le financement par le budget fédéral.

La direction du pays continuera d’examiner attentivement vos propositions pour améliorer les ressources et la dotation en personnel diplomatique, la sécurité sociale des collaborateurs et des membres de leur famille.

Je voudrais terminer ainsi la première partie de mon allocution et remercier nos collèges des médias. Nous dirons encore quelques mots à huis clos.

 

Source: site officiel du Président russe http://www.kremlin.ru.

source/http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2338996

 



02/07/2016
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