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KONSTANTIN MALOFEEV : « J’AI RÉAGI AUX SANCTIONS PRISES PAR L’EUROPE CONTRE MOI EN SIGNANT AVEC LE PUY DU FOU »

 

Propos recueillis  

 

À en croire la presse et les dirigeants européens, qui viennent de l’inscrire à la listedes personnes sanctionnées, l’homme d’affaires russe Konstantin Malofeev serait le grand argentier de la rébellion séparatiste ukrainienne. Lui nie ces accusations et refuse désormais de répondre aux questions relatives au Donbass. Rencontre dans ses bureaux moscovites pour l’interroger sur son parcours, sa vision de la Russie ou encore le contrat qu’il vient de passer avec le Puy du Fou pour la création de spectacles historiques dans la région de Moscou et… en Crimée.

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Le Courrier de Russie : Quel regard portez-vous sur les relations entre l’Ukraine et la Russie aujourd’hui ?

Konstantin Malofeev : La Russie et l’Ukraine sont deux parties d’un État qui fut commun à une époque, un même peuple des deux côtés, cela me fait penser aux Allemands de l’Ouest et de l’Est du temps de la RDA.

LCDR : Quelle est votre perception de la situation intérieure ukrainienne ?

K.M. : La junte est arrivée au pouvoir grâce à l’intervention des États-Unis et l’élection[présidentielle] n’a pu se tenir dans tout le pays, il faut donc attendre une élection légitime.

L’élection ukrainienne fut illégitime puisqu’une partie de la population ne pouvait voter

LCDR : Vous ne reconnaissez pas les résultats de celle qui a eu lieu ?

K.M. : Elle est illégitime parce qu’elle s’est déroulée dans un pays en guerre, où une partie du corps électoral était empêché de voter. Elle ne serait légitime que si l’ensemble de la population pouvait se rendre aux urnes, c’est-à-dire dans un pays en paix et c’est à la Russie et à l’Europe d’aider à y parvenir.

LCDR : Que faites-vous pour remédier à cette situation ?

K.M. : Avec ma fondation, nous nous occupons des réfugiés et des besoins humanitaires. Il y a déjà 10 000 morts et 700 000 réfugiés. Aucune ambition politique ne vaut cette douleur. C’est une catastrophe humanitaire, la catastrophe humanitaire du XXIème siècle, et nous devons tout faire pour l’arrêter.

LCDR : La Russie et l’Europe s’entendront-elles sur ce point, selon vous ?

K.M. : Il faut compter moins sur les bureaucrates de Bruxelles qui imaginent bien mal ce qui se passe parce qu’ils n’ont jamais été élus que sur les politiques, et la direction prise dernièrement par la France et l’Allemagne me semble la bonne.

LCDR : Quid du rôle des Américains dans l’affaire ukrainienne ?

K.M. : Je peux vous répéter les mots du président Poutine : « J’ai l’impression que, de l’autre côté de l’Atlantique, des gens font des expériences sur des rats. » La position américaine est scandaleuse, quand on pense qu’une envoyée américaine a prétendu n’avoir vu aucun réfugié ukrainien, il faut haïr les hommes pour tenir de tels propos.

LCDR : Votre avis sur l’escalade des sanctions ?

K.M. : C’est très stupide, les sanctions amènent toujours à un résultat opposé. Je note d’ailleurs qu’il y a eu trois vagues de sanctions européennes et une seule côté russe, le score est de 3-1, Moscou pourrait infliger encore deux séries de sanctions et je ne peux que me féliciter de la sagesse dont Poutine a fait preuve dans cette affaire.

J’ai réagi aux sanctions prises par l’Europe à mon encontre en signant le contrat avec le Puy du Fou

LCDR : Comment avez-vous réagi aux sanctions prises par l’Europe contre vous ?

K.M. : J’ai réagi en signant le contrat avec le Puy du Fou [lire les articles suivants : Le Puy du Fou, bientôt russe ? et l'interview de Nicolas de Villiers]!

LCDR : Les dirigeants du Puy du Fou peuvent remercier l’Union européenne alors !

K.M. : Je l’aurais fait de toute façon ! Sinon, mes partenaires d’affaires européens m’ont appelé pour me soutenir et l’un de mes amis qui se mariait en septembre en Europe et dont j’étais le témoin a même déplacé son mariage à Moscou pour que je puisse y assister !

LCDR : Quelle est la durée des sanctions prises à votre encontre ?

K.M. : Trois mois. Mais elles sont renouvelables tous les trois mois…

Philippe de Villiers est une personnalité remarquable

LCDR : Comment avez-vous découvert le Puy du Fou ?

K.M. : Je suis allé voir leur spectacle et nous discutons ensemble depuis trois ans d’un projet de parc historique dans la ville où je suis né mais c’est tellement compliqué que je ne pouvais pas le faire seul. Je trouve leur réussite fabuleuse, un millier d’acteurs et de volontaires, 20 000 spectateurs par jour, c’est une chose dont la France doit être fière et Philippe de Villiers est une personnalité remarquable, un vrai chevalier.

LCDR : Quel regard portez-vous sur la France ?

K.M. : J’aime la France, la France du XVIIème de Richelieu, de Louis XIV, des mousquetaires… Je pourrais aussi parler du XVIIIème mais le XVIIème est mon préféré, en Russie comme en France.

LCDR : Et la France d’aujourd’hui ?

K.M. : La France est un pays indépendant, l’Allemagne a encore des troupes américaines sur son sol, la France non, c’est son indépendance que j’aime dans la France.

LCDR : Parlez-vous français ?

K.M. : J’ai fait une partie de mes études à Bruxelles, je suis comme un chien, je comprends tout mais je ne peux rien dire !

LCDR : Parlez-nous de votre carrière.

K.M. : Cela fait vingt ans que je travaille dans le domaine des investissements et de la finance, j’ai débuté ma carrière chez Renaissance Capital en 1996 et puis, il y a dix ans, j’ai créé le fonds Marshall mais j’ai toujours été intéressé par ce projet de spectacle historique où je peux réaliser tous mes rêves en contant l’histoire russe.

C’est un projet privé sans aucune participation de l’État

LCDR : C’est un projet privé ?

K.M. : Privé, oui.

LCDR : Il n’y a aucune participation de l’État ?

K.M. : Aucune.

LCDR : Sur quels types de spectacles porte le contrat signé avec le Puy du Fou ?

K.M. : Un premier projet se déroulera dans un lieu situé à une quarantaine de minutes du centre de Moscou et comprendra trois ou quatre spectacles, joués plusieurs fois par jour toute l’année, pour un investissement total de 600 millions de dollars. Un second projet saisonnier, en Crimée, comportera deux ou trois spectacles.

LCDR : Venons-en à des questions plus personnelles, quels sont vos espoirs ?

K.M. : Que la Russie redevienne comme avant la Révolution.

LCDR : Tout n’était pas parfait dans cette Russie d’avant 1917…

K.M. : Oui – l’élite qui entourait le tsar avait cessé de croire, c’est à cause de cette déliquescence morale que la révolution est arrivée.

S’il y a un tsar, tout n’est pas vain

LCDR : Qu’est-ce qui vous plaît dans cette Russie d’avant 1917 ?

K.M. : Le tsar qui donnait un sens à tout. S’il y a un tsar, tout n’est pas vain. On ne va pas mourir à la guerre en vain, on se réjouit aux fêtes nationales.

LCDR : Et comment cette Russie renaîtrait-elle ?

K.M. : Tout est possible, sur les vingt-cinq dernières années, plus de 25 000 églises ont été restaurées, plus de deux cents monastères, des dizaines de millions de personnes ont été baptisées. On assiste au triomphe de l’orthodoxie dans la Russie d’aujourd’hui.

Il faudrait que 50 % des Russes aillent à l’église pour qu’un tsar revienne

LCDR : Un tsar pourrait, selon vous, revenir aujourd’hui en Russie ?

K.M. : Pas tout de suite, il faudrait que 50 % de la population aillent à l’église le dimanche pour qu’un tsar revienne. Pour ceux qui croient, le tsar est celui qui répond pour le peuple devant Dieu.



30/08/2014
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