Korotchenzov

« La plupart des gens ne savent pas qui sont les Tatars de Crimée »

« Peu m’importe que la Crimée fasse partie de la Russie ou de l’Ukraine. L’essentiel, c’est que la guerre ne recommence pas…»

Le maître-joailler Aïder Asanov a aujourd’hui 86 ans. Déporté de sa Crimée natale à l’âge de 16 ans, il y est rentré quarante ans plus tard avec l’intention de faire renaître l’artisanat tatar traditionnel, le filigrane d’argent, à Bakhtchissaraï – chef-lieu des Tatars de la péninsule.

Sur la tradition tatare et sa passion du filigrane

Je suis né dans une famille d’orfèvres-joailliers. Mon père et mon grand-père exerçaient déjà le filigrane. La tradition du filigrane existe dans plusieurs endroits : en Russie, dans le Caucase, en Turquie… mais celui de Crimée est différent de tous les autres.

La tradition locale exigeait que, lorsqu’il y avait une jeune fille à marier, la famille du promis lui offre un cadeau – une ceinture, un collier, un bijou en argent. C’est une coutume spécifique aux Tatars de Crimée.

La technique du filigrane consiste à créer des bijoux à partir de fil métallique, mais il faut un métal souple, comme de l’argent ou du maillechort.

La passion de la joaillerie m’est venue à la naissance, par mon père. Je l’ai aidé dès mon plus jeune âge. Et aussi, j’aime ce qui est beau ! Il serait probablement temps que je m’arrête : à 86 ans, mes mains n’ont plus leur souplesse d’antan…

Sur sa déportation

Aïder Asanov en mars 2014. Crédits: LCDR Les bijoux du maître Asanov. Crédits: LCDR Les bijoux du maître Asanov. Crédits: LCDR

Aïder Asanov en mars 2014. Crédits: LCDR

J’ai été déporté en Ouzbékistan en 1944. Mais je ne souhaite pas évoquer cette période, c’est trop douloureux. Personne n’avait besoin de mes beaux bijoux, là-bas : les gens survivaient, confrontés à la famine et aux maladies… J’ai donc travaillé à l’usine pendant près de quarante ans.

Ce n’était pas facile, car à l’époque, les Tatars de Crimée n’avaient pas le droit de se déplacer. J’habitais à 100 kilomètres de Tachkent et il m’était formellement interdit de me rendre dans le centre-ville. J’ai demandé plusieurs fois aux autorités d’Ouzbékistan de me laisser étudier en ville, où il y avait toutes les écoles, et ils ont fini par accepter. J’ai suivi un cursus technique et artistique, mais je n’ai pas pu aller jusqu’au bout. Tout était si dur à l’époque…



12/12/2014
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