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Le château de l'Aile à Vevey

Le château de l'Aile à Vevey

Henri Bergson y séjourna en 1937. Le château fut acquis en 1988 par la ville de Vevey. L’écrivain et diplomate Paul Morand (1888-1976) de l’Académie française, bourgeois d’honneur de Vevey, y vécut avec son épouse Hélène, de 1948 à sa mort, « les années les plus heureuses de ma vie » pendant lesquelles il écrivit une part importante de son œuvre.

Famille Couvreu, duchesse de Brissac, Gabriel Jardin
 

Autres vues aériennes de Vevey


Château de l'Aile à Vevey (Photos de l'intérieur)

Sur la Grande-Place, en bordure du lac, on assiste entre 1840 et 1846 à la métamorphose d'un édifice qui devient l'une des constructions majeures du néo-gothique vaudois et même une œuvre de précurseur pour l'ensemble de la Suisse.

Le château de l'Aile en effet s'élève à l'emplacement des anciennes Halles de Vevey qui furent, par consonnance, à l'origine de l'Aile, enseigne de l'auberge associée dès 1545 à ce bâtiment commercial. L'ensemble fut vendu en 1680 par la commune à Adam Chastelain. Quatre ans plus tard, la propriété en passa à Vincent Hertner, issu d'une famille de marchands originaires de Saint-Gall, mais établis à Lyon et à Genève. Il reconstruisit alors l'édifice pour en faire un château d'agrément cantonné de tourelles - avec encore une tour plus large sur l'axe de la façade nord, puis le légua à son neveu Martin Couvreu de Deckersberg, banquier à Londres, puis à Lyon, qui se fixa par la suite à Vevey dont il obtint la bourgeoisie en 1698.

aile

Avant les transformations du XIXe. Dessiné par François Ulrich 1840

Un des descendants de ce dernier, Jacques-Edouard Couvreu (1803-1872), consacra une large part de sa fortune à embellir la propriété de l'Aile, pour y accueillir sa femme, Mathilde Micheli, de Genève, épousée en 1845. Il fit radicalement transformer l'édifice entre 1840 et 1846 et le dota d'importantes dépendances.

Soucieux également de l'intérêt public, à l'exemple de Vincent Perdonnet qui avait gratifié en 1839 la ville de Vevey d'un don important destiné à embellir la cité, Jacques-Edouard Couvreu participa à la construction d'un quai à la "Promenade de l'Aile", et y établit à ses frais un "limnimètre", soit une installation indiquant le niveau des eaux du lac. Bien que député au Grand Conseil en 1841 et, vers la même époque, assesseur de la Justice de paix, Jacques-Edouard Couvreu se tint, dans l'ensemble, en marge de la vie publique. Il fut très actif par contre au sein de diverses institutions philanthropiques et religieuses de sa ville, comptant parmi les membres fondateurs de l'" Asile des jeunes filles pauvres et abandonnées " de Vevey (1828), favorisant de ses libéralités l'Hospice du Samaritain et la maison de convalescents du Petit-Clos. Il siégea durant vingt ans dans les Conseils de l'Eglise libre et fut, dans le canton de Vaud, à l'origine des premiers cours du soir pour ouvriers.

Transformation du château (1840-1846).

Jacques-Edouard Couvreu veut habiter un édifice non seulement confortable, mais encore original; ayant séjourné lui-même quelque temps en Angleterre, il s'y est passionné, rapporte la tradition familiale, pour le néo-gothique anglais. En vue des grands travaux projetés, il fait appel à plusieurs architectes de renom. Ainsi Philippe Franel de Vevey (qui a peut-être déjà travaillé pour la famille Couvreu à Corsier) est l'auteur des projets préliminaires; il dessine en outre la version définitive des façades et dirige le chantier. Henri Perregaux s'occupe de la distribution intérieure et Jacques-Louis Brocher, de Genève, est consulté également. Le Dictionnaire des artistes suisses attribue à ce dernier, sans doute un peu hâtivement, la paternité du château de l'Aile. Il se fonde en effet sur le Procès-verbal de la Société des arts qui, pourtant, signale plus prudemment: " Vers la même époque il [Brocher] fournit encore des plans pour la reconstruction du château de l'Aile." Nuance, corroborée par les projets conservés! Dés l'été 1839 en tout cas, Edouard Couvreu envisage la transformation ou reconstruction du château, puisqu'il demande alors à la commune de pouvoir établir " si je le juge à propos, devant tous les jours soit fenêtres sur la façade [orientale] de mon bâtiment des balcons dont la saillie en avant des tours pourrait être la même, mais pas au-delà, de celle des balcons existant à l'heure qu'il est ". Il souhaite également que la commission municipale chargée d'examiner la chose traite directement avec " Monsieur Philippe Franel, mon architecte". Le chantier commence au début de mars 1840 et la pose de la " première pierre " a lieu le 16 du même mois.

Plan de la façade sur la Grande Place. Philippe Franel vers 1840

Cinq ans plus tard, l'inscription au cadastre des nouveaux bâtiements semble marquer la fin des travaux.

A un niveau helvétique, l'intérêt du château de l'Aile ne réside pas uniquement dans la richesse et l'originalité de son décor; on est allé plus loin encore déjà peu après, dans les châteaux de Schadau et d'Oberhofen sur le lac de Thoune (l848-1855). Mais c'est en fait une œuvre "d'avant-garde", au sens propre, car il représente dans l'architecture civile l'un des tout premiers grands édifices néo-gothiques construits dans notre pays, pratiquement contemporain du château de Laufen, près de Schaffhouse, transformé en 1840-1841 par Ferdinand Stadler, architecte, avec l'avantage d'avoir été intégralement conservé.

Page consacrée à l'intérieur du château

 

Couvreu, Jean-Martin (de Deckersberg)

naissance 6.7.1645 à Lyon, décès 10.1.1738 à Vevey, bourgeois de Vevey (1698), naturalisé anglais (1702). Fils de David, banquier, né à Francfort, et d'Anne Hertner, d'une famille de riches commerçants d'origine saint-galloise. ∞ 1678 à Lyon Bernardine Got, de Jacques, banquier, de Nîmes. Marchand-banquier dans l'entreprise familiale Hertner, Couvreu et Cie, l'une des plus puissantes compagnies commerciales de Lyon. Réfugié après la Révocation de l'édit de Nantes (1685), C. s'établit à Vevey et conserva ses affaires à Lyon comme étranger. En 1701, il partit pour Londres où sa famille le rejoignit; il résida en Angleterre jusqu'en 1711, date à laquelle il s'installa définitivement à Vevey, où son père était mort en 1695. En 1699, il y avait hérité de la maison de l'Aile (ancienne halle de la ville), léguée par son oncle Vincent Hertner, lui aussi réfugié, qu'il transforma en grande demeure patricienne. C. fut généreux envers Vevey (blanchiment de l'intérieur du temple de Saint-Martin et don des Tables de la Loi en 1725, nivellement de la place du Marché) et sa population; à sa mort, le Conseil fit ériger un monument dans le temple.

 

 Le Château de l'Aile sera habité en 2014

Vevey • Pour présenter son projet de restauration, le nouveau propriétaire Bernd Grohe invite le passé, le présent et l’avenir d’un édifice qui abritera quatre appartements.

Le Château tel qu’il devrait apparaître en 2014, date prévue de la fin des travaux de restauration. Image de synthèse: Projet 109 SA

«Invitation à une rencontre», tel est le libellé du carton que le nouveau châtelain Bernd Grohe a adressé «à tous ceux qui ont connu le Château de près, y travailleront ou y ont déjà travaillé, en tant que spécialistes». Près de 80 personnes étaient réunies samedi dernier, représentants  la famille Couvreu, propriétaires des lieux de 1699 à 1988, les descendants et parents de l’écrivain Paul Morand, locataire du premier étage durant les années 40. Etaient présentes également les autorités de Vevey, l’ancien syndic de Vevey et président du Conseil National Yves Christen, les architectes mandatés pour la restauration dont Christophe Amsler et Marie Gétaz du Bureau AGN, architectes EPFL/SIA.

Pas un musée

 


Rappelons-le à ceux qui ne le savent pas encore: non, le Château ne sera pas un musée ouvert au public! Trop de raisons militent pour une affectation domestique et originelle. Une raison patrimoniale tout d’abord, qui ne tolérerait pas d’adaptation de structure, de distribution ou d’équipement. Une ouverture au public entraînerait d’autre part un important renforcement des planchers, le doublement de la surface porteuse des sols, inaccessible par ailleurs, et engageant le démontage des parquets ou des stucs et des fines moulurations des plafonds.
Aussi bien pour les planchers sur cave que sur étages, seule la conservation de l’affectation privée permet de maintenir des structures souvent portantes dans leur état historique. L’expérience le prouve: une affectation publique débouche sur la restructuration complète des solivages et des planchers, niveau sur cave compris (Château de Prangins, Château de Nyon), raisons «statique-sécurité» selon l’appellation des experts.

4 milliards de mesures!

 


Historien des monuments, Paul Bissegger annonce que la «maison de l’asle» était à l’origine un entrepôt et une auberge. Le château de plaisance, légué à Martin Couvreu de Deckersberg, devint en 1845, sous la houlette de Jacques-Edouard Couvreu, époux de Mathilde Micheli de Genève, un monument néo-gothique, inspiré de séjours en Angleterre. Un style de «gothique troubadour» comme on le disait à l’époque. On retrouve cette architecture au Château de Schadau, au bord du Lac de Thoune, propriété de la famille de Rougemont.
Les décors peints du château, selon Eric Favre-Bulle, sont en excellent état de conservation. Il en va de même des planchers marquetés et des plafonds finement peints. La raison en est le climat sec qui règne dans le Château depuis trois siècles!

Quatre appartements


Enfin, évoquant le projet du corps de logis et des communs, Christophe Amsler, architecte responsable des travaux, annonce que le Château proprement dit comportera quatre appartements: deux sur le premier et le deuxième étage et deux sur le troisième étage et les combles. Chaque appartement disposera d’un escalier intérieur. Les salles de bain seront «cloîtrées» et autoportantes, gage d’équilibre de l’édifice. Chauffage écologique au bois : l’air chaud propulsé est récupéré. «On vivra dans l’Histoire à l’intérieur».
L’extérieur, lui, pose plus de  problèmes tant sont graves l’humidification de la moraine et la dégradation des pierres. Bien que «le rhabillage en ciment tienne bien depuis plus de cent ans», les interventions sur les façades et les charpentes seront importantes : il faudra refaire toute l’enveloppe, la ferblanterie et les toits ardoisés. La charpente est mal au point : «Les appuis encastrés sont pourris». Bref, un gros chantier dont les échafaudages veilleront sur la Place du Marché pendant plus de quatre ans.

Georges-A. Nippell

Calendrier des travaux

2009-2011: restauration de l’enveloppe (façades, tours et murs extérieurs)
2010-2013: travaux de conservation de l’édifice (habitat)
2012-2013: travaux extérieurs (parcs, jadins, commune).

Le château sera entièrement restauré fin 2013-début 2014. Estimation des travaux: 19 millions de francs.

Dossier

La saga du Château de l’Aile

Patrimoine • Tout sur ce dossier à multiples rebondissements, qui agite Vevey depuis plus de 20 ans. Jusqu'au référendum de juin 2007 qui a vu la population accepter le don pour un franc à un richissime industriel allemand de ce monument historique payé 5,5 millions par la collectivité, contre l'engagement de ce dernier le rénover à hauteur de 19 millions. Un verdict populaire qui n'a pas pour autant calmé les opposants, Franz Weber et Pierre Chiffelle en tête, qui multiplient les recours contre l'acte de vente et les démarches auprès du Conseil d'Etat pour tenter de lui faire endosser la rénovation de ce monument.

Articles constitutifs du dossier
du plus récent au plus ancien



16/10/2010
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