Korotchenzov

Louis Gander, “Histoire de la colonie de Chabag,” Revue historique vaudoise (1908).

(La colonie suisse de Chabag en Bessarabie :

http://www.chabag.ch/ un site complet avec photos.)

 

 

Voici maintenant un résumé chronologique de ce qui est arrivé à Chabag depuis l’établissement des colons :


Le 1er convoi arriva le 29 octobre 1822 (style russe). Il était composé des familles suivantes :

 


Tardent, Louis-Vincent, originaire d’Ormont-dessus, né à Vevey, le 14 décembre 1787, avec sa femme Susanne-Henriette-Uranie, née Grandjean, le 25 août 1789, de Buttes, Neuchâtel, et leurs enfants Marc, Louis, Adrien, Charles, Philippe, Samuel, Jeanne-Marie, Louise, Marie, Françoise, Emma, Susanne, Antoinette.
 

Chevalley, Jacob-Samuel, né à Rivaz, le 2 mars 1777, avec sa femme Susanne-Marie, née Légeret, née à Rivaz, le 1er septembre 1785, et leurs enfants Henri, Juste, Siméon, Louise, Susanne et Louis.

 


Grandjean, Charles-Auguste, de Buttes, Neuchâtel.
 

Guerry, Jean-Louis, né à la Tour-de-Peilz.

 


Berguer, Henri, d’Avenches, jeune pharmacien.

  


Noir, François, de Lausanne, âgé d’environ 16 ans.

  


Testuz, Georges, né à Rivaz, le 29 mars 1776.

  


1823. Les colons délimitent leurs terres, la police d’Akkerman leur délivre 36 vignes. Les Russes qui habitaient le territoire de la colonie reçoivent l’ordre de partir. Il arrive les colons suivants :

  


Huguenin, Louis-Frédérich, Neuchâtelois, avec sa femme.

  


Maillard, Jean-Antoine, d’Oron-le-Châtel.

  


Guerbold, du canton de Grisons.

  


Meillaud, Jean-Pierrre, de Blonay, né le 7 septembre 1782, avec sa femme Françoise-Pauline, née Dupraz, née en 1781, et leurs enfants : Jean-François et sa femme Catherine, née Klutzpicher, Louis-Henri, François, Emmanuel, Marie-Louise, Amélie et Henriette.

  


La récolte en blé, foin et vin fut petite.
1824. Les colons un peu gênés décident, le 19 mai, de faire un emprunt de 1400 roubles, pour une année, somme garantie par un assignat.

  


Besson, Daniel, de Treytorrens, arrive à Chabag. Il avait fait le voyage à pied.
 

Les récoltes en blé et foin sont mauvaises ; celle en vin est bonne.
1825. Les colons sont obligés de lutter contre les Arméniens, au sujet des vignes à eux données par le gouvernement, et dont ces derniers se sont emparés.

 


Les colons Noir et Berguer retournent en Suisse ; Guerbold quitte aussi.

  


1826. Le 17 août, arrivent comme colons :
Besson, Pierre-David, de Treytorrens, né le 4 mars 1777, et ses enfants Françoise, Marie, Jean-Pierre et Samuel-Emmanuel.

  


Testuz, Jean-François, né à Rivaz, le 1er mars 1802.

  


Forney, Jeanne-Louise, veuve, née à Rivaz, le 15 mars 1798, et ses enfants Jean, François, Louis, Samuel, Henriette, Louise et Jean-Philippe.
 

Gottraux, Jaques, né à Chavannes-le-Chêne, le 16 mars 1782, avec sa femme Jeanne-Louise, née Centlivres, et sa fille Louise.

 


Dupertuis, David-Josias, né à Ormont-dessous, le 3 mai 1787.

  


Campiche, Victor, de Ste-Croix, âgé d’environ 50 ans, avec sa femme, née Meylan, et sept enfants.

  


Gander, Samuel, né à Penthéréaz en 1807, et Louis, son frère, né à Echallens en 1808.

  


Rey, Françoise, née à Publoz, le 7 janvier 1807. – Guerry ayant fait une tournée en Suisse, l’amena avec lui.

  


Rebaud, Jean, de Rovray. Il meurt un mois après son arrivée.
 

Michoud, Pierre-François, né à Chavannes-le-Chêne, le 18 octobre 1783, avec sa femme Susanne, née Perrin, et leurs enfants Jean-Louis, Sylvie, Anne-Marie et Jeannette.

 


1827. Arrive le colon Théophile Grandjean, de Buttes, Neuchâtel.
 

1828. Le 28 octobre arrivent à Chabag trois seigneurs russes, savoir : Woronsoff, comte, Wolkonsky, prince, et Inzoff, général, pour décider du partage du territoire de la colonie, comme il est dit plus haut.

 


Le 29 décembre 1828 arrivent par terre les colons Dogny, David, né à Bioley-Orjulaz, le 18 août 1808, avec sa femme Lisette, né Brun.

 


Le 31 décembre arrive, par le Danube, le colon Laurent, Paul-Samuel, né à Fey, le 27 janvier 1774, avec sa femme Jeanne-Elisabet, née Viret, et leurs enfants Jean-Pierre, Jean-Henri et Henriette.

  


Il meurt, des fondateurs de la colonie, Jean-Antoine Maillard et Daniel Besson.
1829.

Au mois de juillet et septembre arrivent les suivants :
Thévenaz, Georges, né à Bullet, en 1769, avec sa femme Jeanne, née Lassieur, de Bullet, et leur fils Georges, François, Eugène et Charles-Auguste.

 


Robert, Lucien, Neuchâtelois, avec sa femme Jeannette, née Marion, de Pailly, et leurs enfants Louis et Esther.

  


Haechler, Louis-Philippe, de Kulm, né à Avenches en 1801, avec sa femme Susanne, né Jaton.

  


Haechler, Jean, frère du précédant.

  


Tapis, Abram-Daniel, né à Combremont, le 22 juillet 1786, avec sa femme Marie-Magdelaine, née Aigroz, de Combremont, et leurs enfants Jaques-Louis, Jean-Frédérich, Jeanne-Louise, Augustine et Susanne-Madeleine.

  


Jaton, Jean-Louis, né à Peney-le-Jorat, le 29 septembre 1780, avec sa femme Jeanne-Marguerite, née Charbon, de Treytorrens, et leurs enfants Jean-Daniel, Jean-Pierre, Marie-Louise, Jeanne-Françoise.

  


Kiener, Joseph-Frédérich, de Kildorf, né à Cheseau-Noréaz, le 7 octobre 1792, avec sa femme Marie-Magdelaine, née Reller, du Châtelard, et leurs enfants Louis, Anne, Charlotte, Charles-Frédérich, Marianne-Catherine, Julie et Casimir-Henri.

  


Miéville, Jean-Louis, né à Essertines-sur-Yverdon, le 3 septembre 1789, avec sa femme Marianne, née Thévenaz, de Bullet, et leurs enfants Louis-François, Auguste, Jean, Jeannette.

 


Broillot, Henri, d’Agiez, âgé de 40 ans.

 


Le colon Théophile Grandjean abandonna sa place de colon à son neveu.

Il meurt, des fondateurs de la colonie, Jacob-Samuel Chevalley, Jean Haechler, Jeanne-Marguerite Jaton, Paul-Samuel Laurent, Jean-Louis Plantin, Jean-Louis Guerry, Victor Campiche, sa femme, née Meylan, et quatre de leurs enfants.

Les autres enfants Campiche, Georges, Louise et Marie quittent la colonie.

Il meurt beaucoup d’autres personnes que je passe sous silence.

 


Cette grande mortalité fut causée par une espèce de peste qui ravageait le pays, apportée par le retour des armées russes, après la guerre de 1828 et 1829 avec la Turquie.

Cette épidémie fut aussi sensible aux autres colonies de Bessarabie ; il y eut des localités complètement dépeuplées.

Chabag fut moins éprouvée que ses voisines. Il y eut un moment, à la colonie, où il ne restait que trois hommes valides pour inhumer les morts ; c’étaient Jean Besson, Samuel Gander et Georges Thévenaz.

On ne pleurait plus les morts ; chaque maison était en deuil.

 Ces trois personnes fabriquaient les cercueils, creusaient les tombes et y déposaient silencieusement les morts qu’aucun convoi ne suivait.

Que de drames lugubres il y aurait à narrer ! Qu’on se représente un village entier alité, quelques hommes en santé parcourant les maisons au risque de rentrer chez eux pestiférés ! Personne pour assister ces malheureux dans leurs derniers moments !
Un tremblement de terre se fit sentir en hiver. Les récoltes furent bonnes.

 


1830. Arrivée d’un nouveau convoi d’émigrants :
Gander, Jean-Samuel-Jacob, de Gessenay, né à Penthéréaz, le 17 décembre 1780, avec ses fils Antoine et François ; un troisième fils, Georges, l’accompagnait, amenant en outre sa femme Georgette, née Thonney, de Vuillens. La femme de Jacob Gander, née Caille, de Daillens, ainsi que sa fille Nanette, femme Milloud, et d’autres futures colons, moururent en quarantaine à Ismaïl.

 


Perret, Marguerite, veuve de Louis, d’Epautheyres, Essertines, âgée de 30 ans, arrive avec trois enfants. Le père avec une partie de ses enfants étaient morts tant à la quarantaine, qu’entre Ismaïl et Chabag.

 


Brochet, François, d’Essertines, âgé de 22 ans.

 


Logoz, Jean-Abel, né à Goumoëns, le 13 octobre 1793, avec sa femme Rosalie, née Dolmée, et leur fille Marie.

 


Borgeaud, Louis, de Pailly, âgé de 35 ans, avec sa femme, son frère, sa soeur et deux enfants.

 


Kichman, Jeannot, âgé de 22 ans, Bernois, avec sa femme et trois enfants.

 


Buexcel, Jaques-François, né à Romainmôtier, le 16 janvier 1793, avec sa femme Jeanne-Gabrielle, née Achar, de Genève, et leurs enfants, Jeanne, Julie, Jeanne-Aline, Susanne, Caroline, François-Auguste, Paul-Henri et Jean-Louis.

 


Il mourut Jean-Louis Borgeaud, Marguerite Perret et ses trois enfants, les trois enfants Kichman, Jaques-François Buexcel, Jaques Gottraux, Jean-Pierre Laurent, Anne-Susanne Michoud, née Perrin. Comme on le voit, l’épidémie sévissait encore avec force.

 


Il repartit François Brochet, Jeannot Kichman et sa femme, François Tonduz et sa famille ; ce dernier alla s’établir à Kichineff et y mourut, de même que son frère.

Les deux belles-soeurs retournèrent en Suisse. – Quelle destinée ! Tonduz, Borgeaud, etc., viennent mourir en Russie aussitôt après leur arrivée, et leurs enfants doivent reprendre le chemin de la Suisse ; tandis que Kichman vient au contraire ensevelir ses enfants à Chabag, puis il repart.

 


Oh Dieu ! Tes voies ne sont pas nos voies !

 


Nouveau colon :
1831. Décombaz, Olivier, de Lutry, né à Lausanne le 11 août 1785.

 


Il repart Louis Huguenin et sa femme, Lucien Robert et sa femme.

 


Mariages : Olivier Descombaz avec Françoise Rey, Georges Thévenaz avec Marie Besson, et Louis Miéville, veuf, avec la veuve Louise Forney.

 


La mairie de la colonie était occupée à nommer des tuteurs, et faire rendre les comptes de tutelle ; une moitié de la commune était composée de veuves et d’orphelins, et d’autre de tuteurs.

 

Les récoltes furent passables tant en céréales qu’en foin et vin.

 

1832. Cette année n’a pas vu arriver de nouveaux colons. La grande mortalité des années précédentes avait effrayé et découragé les Suisses qui auraient eu l’intention de venir s’établir à Chabag.

Les récoltes furent mauvaises.

L’émigration suisse pour la Russie est finie, en sorte que les années 1833, 1834, 1835, 1836 n’offrent pas de faits marquants à signaler, sauf toujours beaucoup de mortalité, et un grand nombre de naissances.

 

1837. L’assemblée communale, présidée par Jacob Gander, consent, « vu que les Suisses n’arrivent plus », à recevoir pour compléter le nombre des colons voulus, pour le travail du terrain à nous concédé, les familles allemandes suivantes :

 

Mayer, Catherine, veuve de Jacob, née Lang, originaire d’Alsace, colonisée à Glückstal, avec ses enfants, Barbara, Catherine, Friederich, Christian, Christine, Johann et Jacob.

 

Alvinn, Gottlieb, prussien, âgé de 30 ans, avec sa femme Catherine, née Meyer, et ses enfants Christian, Gottlieb, Catherine, Rosine et Barbara.

 

Heintzelmann, Friedrich, né à Halbesbach, en Würtemberg, le 9 mars 1792, avec sa femme Elisabeth Barbara, née Lang, et leurs enfants Rosine, Johann, Friedrich, Catherine.

 

 Jundt, Matthias, Bâlois, né à Bettmingen le 4 août 1792, avec sa femme Margaretha, née Lamlet, et leurs enfants Ludwig, Mattias, Eva, Jacob, Christine et Johannes.

 

Tremblement de terre en janvier.

Les récoltes furent en moyenne très petites, surtout en vin.

 

1838. Il arrive comme colons allemands : Heingstler, Johannes, né à Oberbaldingen, Würtemberg, le 30 décembre 1794, avec sa femme Marie, née Unrath, et leurs enfants Barbara, Marie, Catherina, Johann, Conrad et Rosina.

 

Les récoltes furent passables, tant en céréales qu’en foin et vin.

 

1839. Arrivent encore les suivants : Vagner, Philippe, né à Lustdorf, près d’Odessa, le 26 décembre 1806, avec sa femme Marie, née Stanger, et leur fils Philippe.

 


Singaisen, Johannes, né à Lausen, près Liestal, le 18 septembre 1787, avec sa femme Rosina, née Siegmund, et leurs fils Jacob, Friedrich et Peter.

1840. Cette année est restée mémorable par un terrible hiver, qui est passé en proverbe. Les années 1841, 1842 se font remarquer comme les précédentes, par plusieurs mariages, naissances et décès.

Tardent, Charles, quitte la colonie pour s’établir dans le voisinage.

Stohler, Martin, né à Pratteln, Bâle, le 11 mai 1788, avec sa femme Catherine Kümerlet, et leurs enfants Martin, Christiana, Heinrich, Constantin, Catherine, Elisabeth et Johann.

Toutes ces familles allemandes, qui se sont établies à Chabag, étaient déjà en Russie avant la fondation de notre colonie.

1843. Arrivent encore les colons suivants :
Reichkimmer, Johann, de Grosliebenthal, né à Maimser, en Würtemberg, en 1814, avec sa femme Anna, née Singaisen.

 


Les récoltes furent passables.

Le lundi 6/18 septembre arrive dans la colonie, en qualité d’évangéliste, plus tard consacré pasteur :

Bugnion, François-Louis, Vaudois, avec sa femme. Le dimanche 12/24, il fit son premier sermon sur 1er Corinthiens, ch. II, v. 1 et 2. L’attention des auditeurs fut remarquable : la Parole pénétrait les coeurs, et depuis ce moment, par la grâce de Dieu, la colonie prit une autre tournure sous le rapport moral.
Depuis l’origine de la colonie, les habitants n’avaient pas eu d’évangéliste, ni de pasteur, pas même un maître d’école ; les enfants croissaient dans la plus complète ignorance. Les parents vivaient et mouraient sans entendre annoncer la parole de Dieu ; personne pour apporter une parole de consolation aux mourants et aux malades abandonnés à eux-mêmes, sans médecin de l’âme ni du corps. Comme on doit le penser, l’état spirituel des colons laissait fortement à désirer. M. Bugnion prit sa tâche à coeur et se mit courageusement à l’oeuvre : il organisa le chant de l’ancien psautier, constitua une école, fonda une bibliothèque pour les adultes, fit toutes les démarches nécessaires pour la construction de l’église, institua la paroisse sur des bases dont elle se sert encore aujourd’hui. Grâce à lui, à partir de 1843, la colonie prit un nouvel essor sous tous les rapports. Elle est aujourd’hui une des plus prospères de la contrée au point de vue matériel. Pour la moralité, elle laisse beaucoup à désirer, faute de pasteurs fidèles et dévoués pour continuer l’oeuvre vraiment chrétienne et désintéressée de M. le pasteur Bugnion.

 

Quand les vignerons suisses émigraient en Ukraine

La colonie de Chabag en 1922.
Zoom
Légende: La colonie de Chabag en 1922. (DR)

Le président Iouchtchenko vient d'effectuer une visite officielle à Berne. L'enjeu pour lui était de décrocher une aide financière. Juste retour de manivelle? Au 19e siècle, le tsar Alexandre Ier avait concédé à des vignerons suisses dans la misère de vastes terres situées au bord de la mer Noire...

 

C'est en 1822 que démarre l'odyssée de la cité qui aurait dû s'appeler Helvétianopolis, comme le souhaitait son fondateur, le botaniste et pédagogue Louis-Vincent Tardent.

Originaire des Ormonts, dans les Alpes vaudoises, il avait été envoyé en éclaireur l'année auparavant sur les conseils du grand homme politique vaudois Frédéric César de la Harpe, l'ex-précepteur du tsar de Russie Alexandre.

Les terres prises aux Turcs et concédées aux colons étrangers par un ukase impérial avaient une surface de 50 km2. Le lieu s'appelait Achabag (nom turc signifiant «jardins d'en bas»). Il était situé au bord de l'embouchure du fleuve Dnjestr, formant un lac intérieur qui - ô heureux présage - s'appelait «Liman».

Par monts et par vaux, traînant derrière eux un convoi de chars à pont et à bancs, une petite troupe de Vaudois prenait, le 21 juillet 1822, la route de la Bessarabie.

 

Une trentaine de personnes

Dirigeant le premier convoi, Louis-Vincent Tardent, 35 ans, est accompagné de sa femme et de sept de ses enfants, âgés de 15 ans à un an et demi. L'accompagnent Jacob-Samuel Chevalley, de Rivaz, sa femme née Légeret et six enfants, Henri Berguer, un jeune pharmacien d'Avenches, Jean-Louis Guerry, de La Tour-de-Peilz, tous deux mariés mais venus sans leurs épouses, le Lausannois François Noir, 16 ans à peine, et un valet de ferme nommé Henri Zwicki.

En tout, une trentaine de personnes répartis sur huit chars tirés chacun par trois ou quatre chevaux et transportant meubles, biens personnels, vivres et tous les outils de la remise. Chaque ménage emporte en outre une Bible et une carabine. En homme cultivé, Tardent, qui est le fils du «régent» de Vevey (comprenez «instituteur»), emmène avec lui une bibliothèque de 400 volumes!

Les chevaux couvrent de 25 à 50 km par jour: Zurich, Saint-Gall, Munich, puis l'Autriche où le petit Juste Chevalley passe sous la roue du char et se brise une jambe. Aidé par trois hommes, un chirurgien s'efforce de réduire la fracture.

A Vienne, les pavés de la capitale de l'Empire font pousser des hauts cris au jeune blessé. La petite troupe gagne Brno, traverse la Pologne et parvient à Kichinev, capitale de la Bessarabie. Ce n'est que le 29 octobre que la caravane arrive au terme du voyage. Epuisés, les six chevaux de Tardent meurent à l'arrivée.

 

La peste ....

Le premier hiver s'annonce difficile, mais le gouverneur du tsar a ordonné aux citoyens de la ville voisine d'Akkerman (aujourd'hui Belgorod) de donner le gîte aux colons suisses.

L'année suivante, la colonie s'agrandit. Daniel Besson fait le voyage seul et... à pied. En tout plusieurs dizaines de familles vont prendre souche ou s'éteindre rapidement. La mortalité est importante en raison de la peste, apportée par les armées russes après la guerre de 1828-1829 contre les Turcs.

Au pire moment, il ne reste que trois hommes valides pour inhumer les morts. Orphelins, des enfants rentrent en Suisse par leurs propres moyens! En 1831, une moitié de la colonie est composée de veufs et d'orphelins, et l'autre de tuteurs.

Pendant 120 ans, les Chabiens croissent et se multiplient, élisant leurs autorités et leur maire au sein de la colonie où les délibérations se font en français. Charles Tardent, fils du fondateur, publie un livre, «Viticulture et vinification», réédité plusieurs fois à Odessa.

 

La vie à Chabag, toujours en 1922.

La vie à Chabag, toujours en 1922. (DR)

Zoom

...et les deux guerres mondiales

Entre les deux guerres mondiales, la colonie est englobée dans le royaume de Roumanie. Le roi Carol Ier visite la cave de Jean Thévenaz et les colons se mettent au roumain.

En juin 41, l'Armée rouge fait son entrée dans le village, chassant les colons vers la Roumanie, l'Allemagne ou la Suisse. D'autres choisissent de rester. De juin 41 à août 44, la colonie assiste au flux et au reflux des Soviétiques devant les Nazis. Certains vont être enrôlés dans l'armée allemande et jusque dans les rangs des SS, d'autres optent pour l'Armée rouge.

Le maire Daniel Besson et sa famille n'ont pas eu de chance: leur char a heurté un véhicule de l'armée d'Hitler au moment où les parachutistes russes réoccupent le village. Le père est embarqué pour la Sibérie où il disparaît en même temps que des millions de déportés.

Interdite aux étrangers jusqu'à l'ère Gorbatchev en raison d'un camp militaire installé au milieu du village, Chabag (devenue Chabo) est aujourd'hui accessible aux visiteurs.

L'église construite par le pasteur François-Louis Bugnion, venu de Belmont-sur-Lausanne en 1847, a bien souffert. Son clocher a été rasé et elle sert de maison de la culture pour les militaires du camp voisin.

Derniers vestiges des vignerons vaudois de la mer Noire, quelques caves emplies de grands tonneaux de chêne ont été conservées, y compris les carnotzets de Jean Thévenaz et d'Arnold Laurent.

Olivier Grivat, swissinfo.ch

 


_____________



12/08/2010
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 12 autres membres