Vous ne connaissez pas le bataillon Nachtigall ? C’est l’une des unités de sécurité ukrainienne qui fut formée en 1941 par les nazis avec la participation des nationalistes ukrainiens pour participer à l’invasion de l’Union soviétique durant le plan Barbarossa. Il avait été au départ envisagé par les nazis d’accorder l’indépendance aux Ukrainiens, mais comme partout à l’Est, les Allemands préférèrent une exploitation brutale des territoires occupés en se servant toutefois des nationalistes et des antisémites locaux. Le bataillon Nachtigall fut l’un d’eux. Ses membres sont désormais considérés dans l’Ukraine de Porochenko comme des « Héros ». Les membres des partis néo-fascistes ukrainiens, comme le Parti Svoboda ont formé l’an passé plusieurs bataillons dont le plus connu de tous est le bataillon Azov. Mais un peu d’histoire pour commencer…

Le Bataillon Nachtigall est une unité de supplétifs ukrainiens formée principalement de nationalistes militants de l’OUN-B et entraînée par l’Abwehr, les services de renseignements et de contre-espionnage de l’Allemagne nazie. Elle faisait partie de l’unité de sabotage allemande Brandeburg zbV 800 et fut employée dès le commencement de l’opération Barbarossa. Elle fut fondée sur ordre de l’Amiral Canaris qui avait financé dans les années 30 les activités des nationalistes ukrainiens de l’OUN. Elle fut créée le 25 février 1941. Elle ne se composait au départ que d’une centaine de soldats. Ils étaient à l’entraînement dans différents camps en Allemagne et en Pologne. Les volontaires furent formés à des opérations de sabotage des voies de communication avant l’invasion de l’URSS. Ils étaient commandés par le Lieutenant-colonel allemand Oberlander, un criminel de guerre accusé également de crimes contre l’Humanité qui échappa aux poursuites après la guerre et mourut de sa belle mort en 1998.

Au départ le bataillon devait former une Légion ukrainienne, d’autres unités étant initialement prévues. Le bataillon entra en Union soviétique, en Ukraine dès le 22 juin 1941. Il opéra dans le sillage des armées allemandes du Groupe Sud entrant dans la ville de Lvov le 29 ou le 30 juin 1941. Le bataillon participa immédiatement aux massacres et persécutions dirigées contre les Juifs et les Polonais ainsi que les communistes. Entre le 1er et le 6 juillet, le bataillon exécuta environ 3 000 personnes, principalement des Soviétiques, des Juifs et des Polonais. Selon le mémorial de Yad Vashem et ses archives à Tel-Aviv, environ 4 000 Juifs ont été liquidés par les Ukrainiens du Nachtigall dans des pogroms autour de Lvov dans ce qui sera dénommée la Shoah par balle. Il fut ensuite dirigé vers Ternopil puis Vinnitsa qu’il atteignit le 16 juillet. La proclamation de l’indépendance de l’Ukraine avortée par les Allemands freina toutefois l’ardeur des Ukrainiens. Ils ne se firent toutefois pas prier pour participer aux opérations de nettoyage ethnique et furent employés dans les massacres de Juifs où ils excellèrent.

Le bataillon fut ensuite renvoyé à l’arrière après les importants massacres de l’été 1941, il se rendit à Cracovie où il arriva le 27 août 1941. Il fut rejoint par un autre bataillon de supplétifs ukrainiens, le bataillon Roland. Ils furent ensuite envoyés à Francfort en Allemagne en octobre (il y avait alors 650 hommes dans ses rangs). Les hommes durent signer un contrat d’engagement d’une année en décembre 1941, seuls 15 hommes refusèrent de servir Hitler. Il fut transformé en bataillon de sûreté allemand, Schutzmannschaft Bataillon 201. Ce bataillon était sous commandement SS et fut envoyé lutter contre les partisans soviétiques en Biélorussie, commandé par le célèbre chef nationaliste présent dans ses rangs depuis le début : Roman Choukhevytch (capitaine). Les Nationalistes ukrainiens formèrent d’ailleurs à cette époque, sept bataillons de sécurité, numérotés de 201 à 208 sous le commandement direct du général Erich von dem Bach en charge des opérations de « police » dans le secteur de la Russie centrale. Ce général en échange de sa participation et de renseignements précieux au moment du Tribunal de Nuremberg ne sera jamais inquiété, il mourra en 1972.

Le bataillon participa à des opérations de nettoyages, destructions de villages, massacres de civils et lutte contre les partisans. Mais à l’expiration du contrat d’une année, l’indépendance de l’Ukraine n’ayant toujours pas été proclamée, les hommes refusèrent de renouveler le contrat et de prêter serment à Adolf Hilter (janvier 1943). Le bataillon fut alors dissous. Les officiers furent arrêtés, mais Choukhevytch put prendre le large et entra dans la clandestinité pour commencer ses activités dans le sein de l’UPA. Ceux qui ne s’engagèrent pas dans cette lutte furent volontaires pour entrer dans la 14e division SS Galicie (14. Waffen-Grenadier-Division der SS Galizien) où ils poursuivirent leur sinistre besogne aux côtés des Allemands. Les archives retrouvées sur les opérations menées par le 201e bataillon de sécurité indiquent qu’il participa à la destruction de 2 000 partisans soviétiques pour des pertes se montant à 49 tués et 40 blessés.

Ces faits font l’objet depuis le milieu des années 2000 d’une intense révision de l’histoire par le Gouvernement ukrainien, les services de renseignements ukrainiens (SBU) et surtout les milieux nationalistes des partis de l’extrême droite dure Pravy Sektor et Svoboda mais aussi des partis « démocratiques » pro-européens. Les soldats du bataillon Nachtigall ; à la suite du mouvement Euromaïdan ; sont aujourd’hui considérés comme des héros dans l’Ukraine du Président Porochenko. Roman Choukhevytch fut même proclamé dans l’indifférence presque générale « Héros de l’Ukraine » en 2007 et le chef de l’UPA, Stepan Bandera en 2010. Seul le Centre Simon Wiesenthal protesta en présenta une requête officielle à l’Ambassade d’Ukraine aux Etats-Unis et en alertant en vain l’opinion publique. Les décrets furent annulés sous la présidence ukrainienne suivante mais les portraits des « Héros » de l’UPA et de Nachtigall ont réapparus sur les barricades du Maïdan dès l’hiver 2013-2014. Ils sont de véritables stars nationales et font l’objet d’un véritable culte.

Le bataillon Azov est son digne héritier, formé le 5 mai 2014 avec des volontaires nationalistes néo-nazis, il s’est illustré durant la répression sanglante des russophones insurgés du Donbass dans la région de Marioupol. Il a repris fièrement la rune du loup, le Wolfsangel, en reprenant en l’inversant celle de la sinistre 2e Panzerdivision de Waffen SS Das Reich, la division du massacre d’Oradour-sur-Glane. A la manière de l’Internationale de la Waffen SS voulue par Himmler, le bataillon Azov a recruté des étrangers venus du monde entier, Français, Suédois, Italiens, Canadiens, Slovènes, Biélorusses et mêmes quelques Russes. Le bataillon devenu régiment a été signalé par Amnesty International pour ses crimes de guerre, massacres, tortures, viols, décapitations, enlèvements, humiliations, pillages et diverses exactions. Le 1er janvier 2015, il a appelé avec les partis Secteur Droit et Svoboda à commémorer la naissance du chef emblématique nationaliste nazi Stepan Bandera dans une marche sur la place Maïdan. Au milieu des cris nationalistes désormais classiques, les appels au meurtre, à l’extermination des Russes et des Juifs ont fusé.

La presse française, notamment France Info, a magnifié « les héros du bataillon Azov » dans divers reportages et ils sont montrés en France comme des exemples de la « Démocratie ». A la mi-décembre 2013, le sénateur américain John McCain était venu à la rencontre des hommes qui formèrent plus tard le bataillon Azov et qui étaient sur les barricades du Maïdan. Il leur avait lancé : « Sachez que l’Amérique est avec vous ! »… surtout ses dollars qui ont afflué pour financer les salaires des activistes de Svoboda, puis la formation du bataillon Azov et de nombreux autres.

Laurent Brayard | 10 mars 2015

Source: http://novorossia.vision/fr/du-bataillon-nachtigall-au-bataillon-azov/