Korotchenzov

Une BESSON du pays des soviets et Les vignerons du Tsar

Chabag, histoire de la colonie suisse de Chabag, Chabo en Ukraine.

En octobre 1988 ce sera la première visite ou le retour au pays de leur enfance pour quelques chabiens. En 1991 Alice, une Besson du pays des Soviets. 

 

http://www.chabag.ch/histoire-chabag.html 

Sur ce site, des photos ...mais impossible de les voir vraiment, pas de possibilité d'agrandissement ni de les copier. Dommage.

 

 

Vignerons suisses du tsar



L’histoire de la viticulture se confond avec celle de la colonisation. Sous l’empire romain, les légionnaires recevaient à la fin de leurs 25 ans de service un lot de terre dans les régions nouvellement conquises. Obligation était faite aux anciens soldats de planter de la vigne sur leur terre; ceci, à cause des trois ans nécessaire à l’obtention d’une première récolte. Durant ce laps de temps, le nouveau propriétaire avait le loisir de s’attacher au pays, de se trouver une compagne et d’apprendre la langue du pays. De cette manière, les territoires soumis se peuplaient de citoyens dévoués qui importaient le latin et romanisaient le pays petit à petit. Cette technique a fait don à l’empire de trois siècles de paix et a permis la diffusion de vitis vitifera dans tous les pays d’Europe.

 

Mille ans plus tard, les jésuites espagnols introduisent la plante sur le sol américain. Dès lors, les colons de toutes nationalités emportent dans leurs malles des ceps de leur région d’origine. Ainsi vont naître les vignobles d’Australie, d’Afrique du Sud, de Nouvelle-Zélande, de Californie, d’Argentine et du Chili. Parmi les immigrés bordelais, basques, castillans, italiens ou grecs se trouvaient quelques Suisses qui ont emmené leurs traditions et leur savoir-faire viticole dans de lointains pays.

 

Dans Les vignerons suisses du tsar, Olivier Grivat nous conte comment les habitants d’un petit village vaudois quittent les bords du lac Léman pour commencer un long périple sur l’invitation du tsar. Après plusieurs mois de marche, ils arriveront en Petite Russie, Ukraine actuelle, afin de prendre possession de Chabag, lieu de la future colonie. Se basant sur les documents officiels de la commune ainsi que la correspondance entre les émigrés et leurs familles demeurées en Suisse, l’auteur relate 150 ans de la vie de cette communauté.

 

Des débuts héroïques à la prospérité, en passant par les heures de doute, les moments de gloire ainsi que les époques de troubles, l’ouvrage nous plonge dans la vie quotidienne de ces vaudois qui se russifient de génération en génération, mais gardent néanmoins une forte identité helvétique. Au début du XXème siècle, Chabag est devenu un centre viticole reconnu. Par malheur, l’histoire emporte la Russie dans le chaos meurtrier. Elle participe à la Grande Guerre, puis arrive la Révolution suivie de la guerre civile. Limitrophe de la Roumanie, la colonie lémanique est rattachée comme toute la région d’Odessa à ce pays. Ce qui lui permet de survivre une trentaine d’années supplémentaires jusqu’à l’arrivée de l’armée soviétique. Dès 1945, le drapeau couleur sang flotte sur Chabag désertée et les experts communistes vont transformer les caves florissantes en usines à piquette. A l’exception d’une jeune femme Alice Besson, dont le père est empêché par un accident de s’enfuir et mourra lors de sa déportation en Sibérie, les anciens colons retournent en Suisse où ils deviendront les Russes de Vevey. C’est là que l’auteur les retrouve et les accompagne en 1991 dans un émouvant voyage commémoratif sur le territoire du kolkhoze de Chabag.

 

Olivier Grivat réunit dans un ouvrage complet, intéressant et d’une lecture aisée deux thématiques de notre histoire largement ignorées de la littérature. A fureter dans les librairies de Lausanne ou Genève, il semble que la viticulture romande soit aussi peu étudiée que l’histoire des humbles citoyens helvétiques partis chercher un avenir meilleur. Pourtant, l’une et l’autre méritent un autre sort que de sombrer dans l’oubli. Faute de devenir une lecture scolaire obligatoire, Les vignerons suisses du tsar devrait se trouver en bonne place dans toute bibliothèque digne de ce nom et pas seulement sur les rayons des férus d’histoire suisse ou des amateurs de vin.



12/08/2010
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