Korotchenzov

Zaïtsevo, Donbass, une grand-mère crie son désarroi

13 Feb 2016

Dans une mission sur la ligne de front une grand-mère de 80 ans prend l’équipe de DONi.Press et Donbass.Defence pour des membres de l’OSCE. Les visages sont crispés, cette zone du front est oubliée par l’organisation des observateurs de l’Union européenne. Personne n’y a jamais mis les pieds et pourtant les tirs et bombardements sont quotidiens, les Ukrainiens n’hésitent pas à canarder tout ce qui bouge dans le secteur, les civils de préférence. Une petite fille de neuf ans a été blessée dans l’après-midi, les maisons sont enchevêtrées avec les tranchées et les retranchements, ces gens sont les otages de l’Ukraine. A quelques centaines de mètre vit la fille de cette personne âgée. Mais en face, ce sont des sbires d’un bataillon de représailles, le drapeau noir et rouge des nazis du Pravy Sektor flotte régulièrement sur les positions ukrainiennes. Sa fille ne peut donc pas se rendre en visite chez sa mère âgée, elle est le sujet de moqueries et des tracasseries continuelles des soldats ukrainiens.

 

Les habitants témoignent de l’état d’esprit des militaires ukrainiens, l’Armée régulière se comportait encore normalement, mais depuis quelques temps ce sont des combattants politiques à la manière de la Waffen SS, des sinistres Einsatzgruppen, les bataillons de représailles de l’opération antiterroriste de l’Ukraine de Kiev, dénommée ATO. En face de Gorlovka, les soldats rackettent les civils qui veulent traverser le front pour aller voir leurs familles, ici ils n’ont aucune possibilité de passer. Le soir, les soldats s’enivrent, alcool fort, vodka, bière tout y passe, sans compter la drogue elle aussi omniprésente. Dans la nuit nous racontent les civils, il arrive que les soldats ukrainiens sortent de leurs baraquements, ce sont des maisons de civils qui ont fui vers l’Est et qu’ils occupent et pillent. Ils tirent des rafales, parfois lancent des grenades et hurlent des insultes. Cela recommence le matin, au petit jour, vers les 6 ou 7 heures, ils tirent des rafales en direction des maisons et des positions des insurgés. Toute sortie est dangereuse, les tireurs ukrainiens s’acharnent sur tout ce qui bouge, ils savent pourtant que le village compte plus de 1 200 habitants.

 

 

Les pillages sont quasi systématiques, les habitants expliquent comment lors des replis, il n’est pas rare de voir les maisons saccagées, les bibliothèques se transforment en papier toilette, les Ukrainiens n’hésitent pas à fracasser ce qu’ils ne peuvent pas emporter, sans compter les pièges, les grenades et les mines qu’ils laissent en cadeau. Les objets les plus anodins peuvent se retrouver des pièges mortels. Cette grand-mère explique aussi son âge avancé, les souvenirs de la guerre, des troupes allemandes et déjà des supplétifs ukrainiens des bataillons de police qui collaboraient avec Hitler. Elle crie sa fatigue, deux ans de vie dans la peur et entre les balles qui sifflent, deux ans que son mari qui a du mal à marcher, longe les murs après sa sieste pour rejoindre son canapé où il n’est pas sûr qu’il reçoive un de ses jours un projectile entre les deux yeux parce qu’il aura allongé le bras pour saisir sa tasse ou la commande de la télévision.

 

La conclusion de beaucoup des habitants du Donbass est souvent la même : « qu’est-ce que nous attendons, qu’ils nous tuent ? ». Bien qu’ils comprennent que le grand jeu international brouille les pistes, interfère et créé des tempêtes soudaines ici et là, ils sont fatigués, inquiets et ils n’ont pour beaucoup que le désir de la reprise de la marche en avant « vous savez ils nous attendent de l’autre côté, tous, ils attendent d’être libérés de l’occupation ukrainienne, ils ne peuvent que prendre patience, mais ils nous attendent ». La femme qui nous déclare ceci peut avoir 60 ans, elle demande finalement assez naïvement quand la guerre finira, je ne peux rien lui répondre, et ils sont des centaines à le demander : « Je ne sais pas, je pense que cela va durer longtemps », je n’ai pas en effet la force de leur raconter autre chose que ma conviction, pourtant je lis sur leurs visages la fatigue et le poids sur leurs épaules est grand. « Que Pedro nous laisse en paix, ce bandit », me lance un homme d’une quarantaine d’années en parlant du président ukrainien Porochenko. Je crains hélas pour eux, que ce dernier qui souhaitait que les enfants du Donbass vivent dans des caves et lançait des imprécations et malédictions à la télévision n’est pas l’intention de les laisser tranquille, la haine habite les cœurs en Ukraine, voilà ici la différence.

 

Laurent Brayard pour DONi.Press

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13/02/2016
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